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Saber Kebab : « Je veux transmettre mon héritage aux générations futures »

Palmarès impressionnant, ambitions encore plus grandes

Dix fois sacré champion d’Afrique de powerlifting, Saber Kebab n’est pas seulement un athlète au palmarès impressionnant : c’est une véritable référence dans son sport, animée par la volonté de transmettre son savoir aux générations futures. Dans cet entretien exclusif, Saber revient sur son parcours exceptionnel, ses exploits mémorables et nous dévoile ses ambitions pour l’avenir.

« Mon père m’a transmis la passion de ce sport »
« J’ai découvert l’haltérophilie très tôt, presque naturellement, dès l’âge de huit ans. Mon père en avait pratiqué dans les années 1970, en amateur. Même si je ne l’ai jamais vu soulever des barres lorsque j’étais enfant, ses récits m’ont profondément marqué et nourri ma curiosité. Très vite, une idée s’est imposée à moi : marcher sur ses traces. Déterminé, je me faufilais en cachette dans la salle de sport de notre quartier, celle des PTT. Bien sûr, à chaque fois, on me recalait, et c’était logique vu mon jeune âge. Jusqu’au jour où mon père m’y inscrivit officiellement. Ce fut mon véritable baptême du feu. Mes premiers “entraînements” se faisaient avec un simple manche à balai (rires…), mais cette méthode modeste a porté ses fruits. En 1989, à seulement 12 ans, je décroche mon premier titre de champion d’Algérie chez les cadets. Un moment fondateur qui a scellé mon destin avec ce sport. Par la suite, les exigences scolaires m’ont contraint à faire une pause. J’ai dû tout arrêter, temporairement. Mais me détacher du sport était impossible : la passion était trop forte. Je suis alors revenu par le bodybuilding. Puis, en 2001, j’ai choisi de me tourner vers une autre discipline, toujours étroitement liée à l’haltérophilie : le powerlifting. »

« J’ai tracé ma route malgré tous les obstacles »
« Au tout début, les clubs étaient quasiment inexistants à Alger centre et dans ses environs. Pour progresser, je n’avais donc pas le choix : il me fallait rejoindre des équipes situées loin de chez moi. Certes, c’était une contrainte, mais j’étais déterminé à transformer toute mon énergie en performance. Mon parcours m’a fait passer par plusieurs clubs prestigieux : S’haoula, Abtal Chaouia à Batna, Abtal El Djanoub à Ouargla, Baba Hassen à Alger, et Sidi M’hamed. Mais mon tout premier club, c’était Sport et Santé de Koléa, dans la wilaya de Tipaza, en 2001. En 20217, j’ai posé mes valises à Alger centre en rejoignant le club de COGAC. Avec eux, j’ai eu l’immense satisfaction de remporter trois titres de champions d’Algérie, parmi d’autres titres, une étape qui marque un tournant dans ma carrière. Ma première expérience en compétition officielle remonte à 2001, à Tipaza. C’était lors du Championnat d’Algérie de développé couché, une discipline phare de la force athlétique. Pour cette grande première, j’ai réussi l’exploit de décrocher le titre national en montant sur la plus haute marche du podium. Le développé couché (ou bench press) est un exercice de force poly-articulaire qui consiste à soulever puis abaisser une barre d’haltères. Il sollicite principalement les pectoraux et les triceps, tout en engageant d’autres groupes musculaires tels que le grand dorsal, les trapèzes, les deltoïdes antérieurs et les biceps. Cette discipline figure parmi les trois mouvements fondamentaux de la force athlétique, aux côtés des flexions sur jambes et du soulevé de terre. Ce premier résultat positif, cette première consécration, a été un véritable moteur. Il m’a donné l’élan nécessaire pour aller de l’avant, croire pleinement en mes capacités et nourrir de plus grandes ambitions. La suite, grâce à Dieu, a confirmé cette confiance à travers d’autres performances. Ce succès a été le déclic, le détail qui m’a ouvert la voie vers de nouvelles perspectives, auxniveaux national, continental et même mondial. »

« Ma sélection en équipe nationale a marqué un tournant dans ma carrière »
« En 2009, ma sélection en équipe nationale B a marqué un tournant majeur dans ma carrière. C’était déjà un immense honneur, l’aboutissement d’un rêve : porter le maillot national, défendre avec fierté les couleurs de notre cher pays et les représenter sur la scène sportive. Moins d’une année plus tard, l’équipe nationale A m’ouvrait ses portes. En 2010, je rejoignais ainsi l’élite, poursuivant une aventure encore plus grande et un rêve devenu réalité. À partir de là, les objectifs ont commencé à se concrétiser. Les performances se sont enchaînées, les exploits aussi, avec à la clé de nombreux titres et des places d’honneur lors des différentes compétitions auxquelles nous avons pris part, que ce soit sur les plans régional, continental ou mondial. Au prix d’innombrables sacrifices et d’un travail de longue haleine, j’ai réussi à bâtir un palmarès exceptionnel avec la sélection nationale : huit titres de champion d’Afrique, un sacre arabe et un titre aux Jeux méditerranéens. Malheureusement, notre discipline n’est pas encore reconnue comme olympique par le Comité international olympique (CIO). Dans le cas contraire, nous aurions sans doute enrichi ce palmarès de plusieurs médailles olympiques depuis 2010. Aujourd’hui, un seul objectif continue de m’animer : décrocher le titre suprême, une médaille d’or aux Championnats du monde. C’est le dernier rêve que je me suis fixé, l’ultime défi à relever. Remporter un sacre mondial et tirer ma révérence de la plus belle des manières, comme tout sportif de haut niveau en rêve, voilà mon ambition. Ensuite, je me tournerai vers une nouvelle étape de ma carrière, en mettant mon expérience au service du sport, à travers le coaching ou d’autres projets dans le domaine. »

« Décrocher un titre de champion du monde pour finir en beauté »
« Mon ultime objectif en tant qu’athlète, c’est de décrocher la médaille d’or au prochain championnat du monde prévu en mois de mai 2026 en Pologne. Atteindre ce sommet serait la manière la plus parfaite de clore mon parcours, la cerise sur le gâteau d’années d’efforts et de sacrifices. Finir en beauté, c’est essentiel dans une carrière, surtout au plus haut niveau. Actuellement je me suis engagé au championnat de wilaya, histoire de rester compétitif et en même temps ça me servira de préparation utile. Le championnat du monde, c’est un niveau technique extrêmement élevé. Les moyens financiers sont limités, le sponsoring quasi inexistant, et les coûts sont astronomiques (entraînements, nutrition spécialisée, hébergement, billets d’avion). Même pour moi, partir en championnat du monde exige d’être prêt sur tous les plans. Je veux avoir toutes mes chances de ramener une médaille, pas partir à l’aveugle. Participer pour simplement participer n’a jamais été ma devise. Avant 2019, mon niveau technique ne me permettait pas de prétendre à un rendez-vous mondial majeur. Mes limites me cantonnaient à une sixième ou septième place sur le podium. Mais depuis, j’ai travaillé sans relâche pour progresser, m’améliorer à chaque entraînement, avec un seul objectif : arracher cette fameuse médaille d’or. Et pourquoi pas battre des records ! Il faut rester ambitieux et croire pleinement en ses chances.

« Mon rêve est de créer une académie pour former les jeunes »
« Aujourd’hui, mon ambition la plus profonde est de transmettre mon héritage aux générations futures. Pour concrétiser ce rêve, je souhaite fonder une académie dédiée à la formation des jeunes catégories, minimes, cadets et juniors, afin de leur offrir une base solide, tant sur le plan technique que sur le plan humain. L’objectif est clair : former de jeunes athlètes, leur inculquer des valeurs fortes, des principes fondamentaux du sport et l’état d’esprit nécessaire pour se dépasser et viser l’excellence. Fort de plus de quarante années d’expérience et après avoir sillonné les différentes régions du pays, je peux affirmer avec certitude que notre jeunesse regorge d’un immense potentiel encore inexploité. Il ne faut surtout pas passer à côté de cette richesse. En mettant à leur disposition les moyens adéquats et un encadrement de qualité, les jeunes d’aujourd’hui deviendront sans aucun doute les champions de demain. »

Entretien réalisé par N. E.

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