
À la tête de la Fédération algérienne de handball (FAHB) depuis quelques mois seulement, Mourad Boussebt offre un panorama complet et détaillé de l’actualité de cette discipline en pleine mutation.
Il aborde avec une grande franchise tous les aspects clés, allant du statut actuel des clubs à la politique ambitieuse de formation des jeunes talents, en passant par les performances et les perspectives des sélections nationales masculine et féminine. Le président de la FAHB démontre une vision stratégique et cohérente, centrée sur des réformes profondes, une structuration solide des instances et une inscription durable du handball algérien dans une dynamique de croissance pérenne, capable de rivaliser au niveau continental et international.
« Le statut d’amateur ne favorise pas le développement de cette discipline »
Pour Mourad Boussebt, l’un des principaux freins à l’évolution du handball national réside sans conteste dans son organisation structurelle actuelle, qui montre ses limites de manière criante. Le président de la FAHB est formel : le maintien prolongé du statut amateur ne permet plus de répondre aux exigences impitoyables du haut niveau compétitif d’aujourd’hui. « Aujourd’hui, il faut être lucide. Le handball moderne exige un minimum de professionnalisation. Avec un statut amateur, le volume horaire de travail est faible par rapport à ce qui se fait dans les pays performants. On ne peut pas rivaliser quand les joueurs s’entraînent peu et restent parfois 3 à 4 mois sans compétition. C’est énorme. Le rythme est cassé et la progression est souvent freinée. » Ces interruptions prolongées brisent non seulement la continuité des entraînements, mais elles hypothèquent aussi la forme physique et technique des athlètes, rendant toute comparaison avec les nations leaders illusoire.
« Il faut aider les clubs de l’élite sur le plan financier »
Conscient des difficultés économiques profondes que traversent de nombreuses formations à travers le pays, Mourad Boussebt insiste avec force sur la nécessité d’un accompagnement financier ciblé et soutenu, particulièrement pour les clubs de l’élite qui constituent le fer de lance de la discipline. « Les clubs de l’élite portent le handball algérien. Sans moyens, ils ne peuvent ni former correctement ni conserver leurs meilleurs éléments. Il faut les aider financièrement, leur permettre de travailler dans des conditions acceptables. D’ailleurs, le président de la République a donné des directives claires pour développer cette discipline. À nous, responsables, de traduire ces orientations en actions concrètes sur le terrain. » Cet appui financier n’est pas un luxe, mais une urgence : il permettrait d’investir dans des infrastructures décentes, des salaires minimaux pour retenir les talents et des programmes de formation adaptés, transformant ainsi les directives présidentielles en résultats tangibles sur le terrain de jeu.
« La sélection masculine a été rajeunie à 60% »
Sur le plan sportif pur, le patron du handball algérien se félicite ouvertement de la nouvelle orientation stratégique adoptée pour l’équipe nationale masculine, qui repose essentiellement sur un rajeunissement massif de l’effectif. « Aujourd’hui, la sélection est rajeunie à près de 60%. Sur le 7 rentrant, il y a certes des cadres expérimentés, mais sur le reste de l’effectif, on retrouve beaucoup de joueurs issus des moins de 21 ans. C’est un choix stratégique assumé. Nous avons voulu donner leur chance aux jeunes et préparer l’avenir. » Cette mue générationnelle vise à injecter de la fraîcheur, de l’énergie et une motivation intacte, tout en posant les bases d’une relève solide pour les années à venir, évitant ainsi une dépendance excessive aux vétérans.
« Notre stratégie était de voir les U21 et les U19 lors des Championnats du monde… »
Cette politique de jeunesse s’inscrit pleinement dans une vision globale et méthodique de détection et de formation des talents, fondée sur une observation minutieuse des performances des joueurs algériens lors des grandes compétitions internationales. « Notre stratégie était de pouvoir suivre de près les U21 et les U19 lors des Championnats du monde. Cela nous a permis d’évaluer leur potentiel réel face au très haut niveau. On a une bonne pépinière, mais les joueurs doivent travailler davantage et surtout jouer des matchs. Le talent seul ne suffit pas. » En scrutant ces jeunes sous pression lors d’événements majeurs, la Fédération a pu identifier les profils les plus prometteurs, soulignant que le potentiel brut doit impérativement être nourri par un entraînement intensif et une accumulation régulière de matchs officiels pour éclore véritablement.
« … Ils sont entre de bonnes mains »
Pour réussir pleinement cette phase de transition délicate vers une équipe plus jeune, la Fédération mise sans hésiter sur l’expérience éprouvée et la compétence reconnue du staff technique national. « Ces jeunes sont entre de bonnes mains avec Salah Bouchekriou et Lakhdar Arrouche. Ce sont des techniciens expérimentés qui connaissent parfaitement le handball algérien. Ils auront au moins 2 ans de travail pour structurer cette équipe et je suis convaincu que, sur le moyen terme, on obtiendra de bons résultats. » Ces entraîneurs, forts de leur connaissance intime du contexte local et de leurs succès passés, sont chargés de forger une cohésion solide, d’instiller des principes tactiques avancés et de guider ces talents vers des performances collectives durables.
« Un technicien franco-algérien sera nommé à la tête de la sélection féminine »
Le handball féminin occupe également une place centrale parmi les priorités de la nouvelle équipe fédérale, même si le chantier à abattre s’annonce particulièrement vaste et exigeant sur le long terme. « Nous allons nommer un technicien franco-algérien à la tête de la sélection féminine. L’idée est d’avoir un coach sur place, capable de mettre en œuvre son programme et de travailler dans la durée, au moins sur le moyen terme. C’est un gros chantier. Le championnat national est encore loin du niveau souhaité, même s’il existe un réel potentiel chez les U17 et les U19. » Ce choix stratégique garantit une présence stable et une expertise hybride, combinant savoir-faire international et sensibilité culturelle, pour élever progressivement le niveau du championnat et exploiter le vivier de jeunes prometteuses.
« On a toutes nos chances de se qualifier pour le prochain Mondial »
Concernant les échéances continentales imminentes, Mourad Boussebt affiche un optimisme mesuré et réaliste, fondé sur la qualité de la préparation actuelle de la sélection masculine. « On a toutes nos chances de se qualifier pour le prochain Championnat du monde. Si tout se passe bien, on devrait croiser la Tunisie en demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations. Ce sera un match difficile, mais notre objectif est d’être sur le podium. » Cette confiance repose sur une montée en régime progressive, avec un groupe soudé prêt à défier les rivaux traditionnels comme la Tunisie, dans l’optique d’une qualification historique et d’un podium continental valorisant.
« L’équipe se prépare dans les meilleures conditions en Slovénie »
Pour atteindre ces objectifs ambitieux, la Fédération a déployé tous les moyens nécessaires afin d’assurer une préparation optimale et sur mesure. « L’équipe nationale se prépare actuellement dans les meilleures conditions en Slovénie. C’est un stage important pour souder le groupe et travailler les automatismes. J’espère qu’on aura les résultats souhaités. » Ce stage en terre européenne offre un environnement professionnel idéal pour forger l’esprit d’équipe, peaufiner les schémas de jeu et tester les combinaisons sous pression, posant ainsi les fondations d’une performance réussie en coupe d’Afrique.
« On a sollicité la CAHB pour l’organisation de la prochaine CAN »
En dernier lieu, Mourad Boussebt a fait savoir que la FAHB a officiellement sollicité le président de la Confédération africaine de handball (CAHB), Arimou, pour l’organisation de la prochaine CAN 2028, un événement qualificatif crucial pour les Jeux olympiques de Los Angeles. Et même si plusieurs pays se disputent âprement ce dossier prestigieux, Mourad Boussebt a confirmé que l’Algérie est officiellement candidate. « Nous avons sollicité la Confédération africaine de handball pour l’organisation de la prochaine CAN. C’est une ambition légitime pour un pays comme l’Algérie, qui veut retrouver sa place sur la scène continentale. Et même si nous avons eu des échos que la CAHB donnera l’organisation à un pays neutre, c’est-à-dire ni l’Algérie, ni l’Égypte ni la Tunisie, on essaye toutefois de travailler sur ce dossier. » Cette candidature souligne la volonté algérienne de rayonner en organisant un tournoi majeur, malgré la concurrence et les rumeurs d’un choix neutre.
Propos recueillis par A. A.



