
Quelques heures seulement après la clôture triomphale de la 26e édition du Tour d’Algérie, qui a tenu en haleine des milliers de passionnés à travers le pays, tous les regards se sont tournés vers Sidi Abdallah, le cadre idyllique choisi pour accueillir le Grand Prix International de la ville d’Alger – Djamel Boukercha. Cette épreuve prestigeuse, disputée sur un circuit fermé des plus exigeants – un parcours de 11,6 kilomètres à couvrir pas moins de dix fois, pour un total impressionnant de 116 kilomètres – a offert un spectacle de haut vol, réunissant les cracks du peloton international et local.
Sous un soleil algérois radieux, les coureurs ont donné le meilleur d’eux-mêmes, transformant cette course en une véritable célébration du cyclisme, juste après l’épuisante semaine du Tour. Et comme une cerise sur le gâteau, c’est un Algérien qui a une nouvelle fois brillé de mille feux.
Un circuit nerveux et propice aux attaques
Le tracé de Sidi Abdallah, avec ses relances incessantes, ses virages techniques serrés et ses longues lignes droites balayées par le vent, s’est révélé être un véritable juge de paix, ne laissant aucun répit aux organismes déjà éprouvés par le Tour d’Algérie. Ce circuit, connu pour sa technicité, favorise les baroudeurs et punit les coureurs les moins vifs, obligeant chacun à une concentration absolue et à une gestion minutieuse de l’énergie. Dès les premiers tours, les attaques ont fusé de toutes parts, témoignant d’une résilience remarquable : malgré la fatigue accumulée sur les routes du pays – des ascensions ardus du Nord aux plaines venteuses du Centre –, les coureurs ont prouvé qu’ils avaient encore des réserves à revendre. Cette intensité précoce a rapidement fait grimper le rythme cardiaque des spectateurs massés le long du parcours, annonçant une journée de combat acharné.
Une course animée du début à la fin
Fidèle à la tradition de ce type de circuit bosselé et rythmé, la course a été un festival d’échappées, avec des groupes se formant dans un ballet incessant : des duos audacieux, des trios soudés, puis des ponts ratés ou réussis, avant que le peloton, tel un organisme vivant, ne réagisse avec vigueur. Les formations les plus en vue du Tour d’Algérie – à l’image du Madar Pro-Cycling Team, dominateur sur plusieurs étapes, du Tshenolo Team sud-africain, réputé pour sa puissance collective, et de l’Embrace The World Cycling, avec ses sprinteurs redoutables – ont pris les commandes, veillant à tout mouvement suspect tout en préservant les forces de leurs leaders pour l’ultime explication. L’intensité n’a jamais faibli, avec des accélérations collectives qui ont progressivement réduit le peloton à une élite fatiguée mais déterminée. Cette animation constante, entre contre-attaques et poursuites effrénées, a maintenu une tension palpable jusqu’au bout, rappelant les plus grands classiques flandriens adaptés au terroir algérien.
Un final explosif entre costauds
À l’approche des trois derniers tours, alors que la fatigue se lisait sur les visages marqués par la sueur et la poussière, un groupe restreint d’irréductibles s’est détaché pour disputer la victoire suprême. Parmi eux, on notait la présence de Yacine Hamza, déjà héros d’une étape du Tour et en pleine confiance, le Sud-Africain robuste Janse Van Rensburg, connu pour ses chronos impressionnants, l’Allemand Meo Amann, tacticien aguerri des pelotons européens, et l’Algérien Abderaouf Bengayou, révélation de cette édition avec son punch inattendu. Dans ce final tendu, fait de regards en coin et d’accélérations foudroyantes, les attaques ont plu comme une averse d’été : feintes, démarrages au pied des montées, puis des prises de roues calculées. Chacun cherchait à distancer les autres, mais la solidarité du groupe, forcée par le vent de face, a maintenu l’unité jusqu’aux derniers hectomètres. C’est alors que le talent pur a fait la différence.
Yacine Hamza, encore lui
En 2h31min22s de pure intensité, Yacine Hamza a franchi la ligne en solitaire avec une autorité souveraine, devançant Janse Van Rensburg de quelques longueurs cruciales et reléguant Meo Amann à la troisième place. Abderaouf Bengayou, après une prestation pleine de panache et de combativité, a dû se contenter de la quatrième position, un pied de podium qui augure de beaux lendemains. Cette victoire revêt une saveur toute particulière : pour la deuxième année consécutive, Hamza s’adjuge ce Grand Prix, gravant un peu plus son nom dans l’histoire du cyclisme algérien. À 28 ans, ce natif d’Oran allie endurance, tactique et explosivité, des qualités rares qui en font le patron incontesté sur ces épreuves courtes et intenses. Les cris de joie du public, venu en masse supporter ses champions, ont résonné comme un écho à sa domination.
Une fin de semaine exceptionnelle pour Hamza
Déjà lauréat d’une étape clé lors du Tour d’Algérie 2026 – celle qui avait fait basculer le classement général –, Yacine Hamza boucle cette séquence de rêve par une nouvelle pépite, un doublé qui entre dans les annales. Sa régularité exemplaire sur la grande boucle nationale, sa maîtrise des efforts prolongés et sa pointe de vitesse fulgurante en font l’un des piliers incontestables de cette édition mémorable. Entouré d’une équipe Madar Pro-Cycling au diapason, Hamza incarne la nouvelle génération algérienne, celle qui ose défier les étrangers sur leur terrain. Interviews d’après-course à l’appui, il n’a eu que des mots d’humilité : “C’est pour le public et pour l’Algérie que je me bats”, déclarant qui a enflammé les réseaux sociaux.
Walim Mansouri



