
Après une médaille historique et une série de performances encourageantes, la sélection nationale masculine de 3×3 se retrouve à un tournant. Entre le Championnat du monde à court terme, le rêve olympique de Los Angeles-2028 et la nécessité de structurer davantage la discipline en Algérie, une question se pose désormais : à quoi faut-il s’attendre pour la suite ?
La médaille de bronze historique remportée aux Jeux méditerranéens de Tarente-2026 n’est pas arrivée par hasard. Elle est venue confirmer une dynamique déjà perceptible quelques semaines auparavant lors de la Ligue des nations africaine U23 disputée à Monastir.
Vainqueurs du classement général de cette compétition africaine, qualifiés pour le Championnat du monde U23 en Chine, puis auteurs d’un parcours remarquable à Tarente avec trois victoires en trois matchs lors de la phase de groupes avant de monter sur le podium, les joueurs algériens ont enchaîné les performances.
La question est donc désormais légitime : comment transformer cette dynamique en un véritable projet de développement pour le basket-ball 3×3 algérien ? Car après avoir remporté une médaille et attiré l’attention, le plus difficile commence peut-être maintenant.
Bien plus qu’une médaille de bronze
Sur le plan purement sportif, la performance réalisée aux Jeux méditerranéens restera comme une étape importante dans l’histoire du basket-ball algérien. Les coéquipiers du capitaine Mehdi Bouhmama ont d’abord réussi une phase de groupes parfaite. Trois matchs, trois victoires. Chypre, la Croatie et la Slovénie sont successivement tombées face à une sélection algérienne capable de s’imposer dans des scénarios très différents. La victoire contre la Croatie, 20 à 19 après l’extra-time, avait déjà démontré la force mentale du groupe. Celle obtenue face à la Slovénie, également sur le score de 20 à 19, avait confirmé cette capacité à résister à la pression. Puis il y a eu cette demi-finale perdue de justesse face à l’Italie, 15 à 13, alors que l’Algérie possédait encore deux points d’avance dans la dernière minute.
Une déception qui aurait pu laisser des traces
Mais les Algériens ont su se relever.
Lors du match pour la troisième place, après dix minutes particulièrement disputées, conclues sur un score de 19 partout, Mehdi Bouhmama a pris ses responsabilités. Son panier à deux points en extra-time a offert à l’Algérie une médaille de bronze historique. Plus qu’un podium, Tarente a confirmé la naissance d’une équipe capable de rivaliser, de résister et surtout de répondre présente dans les grands rendez-vous.
La Chine, le prochain grand test
Le temps des célébrations sera forcément court. Après Tarente, les regards se tournent déjà vers la Chine et le Championnat du monde U23 obtenu grâce au sacre lors de la Ligue des nations africaine. Ce rendez-vous représentera une étape encore supérieure. À Monastir, les Algériens ont dominé la concurrence africaine. À Tarente, ils ont démontré qu’ils pouvaient rivaliser avec plusieurs équipes européennes et se hisser sur un podium méditerranéen. Le Mondial constituera une autre dimension. La sélection algérienne y retrouvera des équipes venues de différentes parties du monde, avec d’autres cultures du 3×3, d’autres profils de joueurs et, surtout, un niveau d’exigence encore plus élevé. Les résultats récents permettent désormais aux Verts d’aborder ce rendez-vous avec davantage de confiance. L’objectif ne sera plus seulement de participer. Il faudra tenter d’exister, de rivaliser et de confirmer que les performances réalisées durant l’été ne constituent pas un simple épisode, mais bien le début d’une progression durable.
Ne pas s’arrêter après une génération
C’est peut-être là que se situe le véritable enjeu. Aujourd’hui, la sélection masculine bénéficie d’une dynamique portée par un groupe qui a su trouver ses repères et accumuler les résultats. Mais le développement d’une discipline ne peut pas reposer uniquement sur quatre ou cinq joueurs. Le défi sera donc de construire derrière cette équipe. De créer une véritable profondeur de sélection. De repérer de nouveaux profils. De donner à d’autres joueurs l’occasion de découvrir les exigences spécifiques du 3×3. Car le basket-ball 3×3 possède ses propres codes. Il ne suffit pas forcément de réunir quatre à cinq bons joueurs de basket-ball pour construire une équipe compétitive. Le rythme, les espaces, les contacts, la gestion de la possession, l’enchaînement des efforts et les situations de « un-contre-un » imposent une préparation spécifique. L’Algérie dispose aujourd’hui d’une équipe qui montre la voie. Il reste désormais à élargir la base.
Et si l’Algérie créait son propre championnat de 3×3 ?
C’est probablement l’une des pistes les plus intéressantes pour assurer un véritable développement de la discipline. Pourquoi ne pas envisager la création d’un championnat national exclusivement dédié au basket-ball 3×3 ? Une compétition régulière permettrait d’abord de sortir le 3×3 d’un simple statut d’activité ponctuelle ou de compétition organisée à l’occasion de certains événements. L’objectif serait de créer une véritable pratique structurée, avec des équipes spécialisées, des rendez-vous réguliers et, surtout, une compétition permettant aux joueurs de progresser dans les spécificités de la discipline. Un championnat pourrait également devenir un formidable outil de détection.
Aujourd’hui, la sélection nationale constitue la vitrine du 3×3 algérien. Mais cette vitrine doit désormais permettre de susciter des vocations. En organisant une compétition nationale régulière, les responsables techniques pourraient observer davantage de joueurs et identifier de nouveaux talents capables, à moyen ou long terme, d’intégrer les différentes sélections nationales.
Créer une pyramide du 3×3 algérien
Le développement ne devrait évidemment pas se limiter à une seule compétition senior. L’idéal serait de construire progressivement une véritable pyramide.
Des tournois locaux. Des compétitions régionales. Un championnat national.
Des catégories de jeunes. Et, au sommet, des sélections nationales régulièrement engagées sur la scène internationale. Une telle organisation permettrait au 3×3 de disposer d’une identité propre et de ne plus dépendre uniquement du calendrier du basket-ball traditionnel à cinq. Car le potentiel existe. Le basket-ball algérien possède un vivier important de joueurs et de joueuses. Il existe également de nombreux jeunes attirés par une discipline plus rapide, plus spectaculaire et particulièrement adaptée à l’organisation de tournois urbains. Encore faut-il leur offrir un cadre.
Alors, à quoi faut-il s’attendre ?
À court terme, tous les regards seront tournés vers le Championnat du monde U23 en Chine. La sélection algérienne voudra y confirmer sa progression et mesurer le chemin parcouru face à l’élite mondiale. À moyen terme, il faudra réussir à maintenir cette dynamique, multiplier les participations internationales et continuer à renforcer la position de l’Algérie sur la scène africaine. Mais à long terme, la réflexion devra être encore plus profonde.
Comment faire en sorte que cette génération ne soit pas une exception ? Comment utiliser la dynamique actuelle pour attirer de nouveaux joueurs ? Comment créer une compétition régulière et adaptée aux exigences du 3×3 ? Et surtout, comment transformer un rêve olympique en véritable projet sportif ?
La réponse passera certainement par la structuration de la discipline en Algérie.
La médaille de bronze de Tarente restera dans l’histoire. Mais son véritable impact se mesurera peut-être dans les prochaines années. Si elle permet la création d’un championnat dédié, l’émergence de nouvelles équipes et la formation d’une nouvelle génération de spécialistes du 3×3, alors ce podium méditerranéen aura été bien plus qu’une médaille. Il aura peut-être marqué le véritable point de départ du basket-ball 3×3 algérien.
Walim Mansouri



