
La guerre politique qui agite les paddocks de Formule 1 depuis plusieurs semaines vient de franchir un nouveau palier. Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, a pris position publiquement à Miami contre le phénomène des équipes interdépendantes, affirmant être « personnellement opposé » à ce système qui fait débat au sein de la discipline. Tout avait commencé par une offensive du CEO de McLaren, Zak Brown, qui avait ouvertement critiqué la multiproprieté de Red Bull — gestionnaire de deux écuries depuis vingt ans —, la collaboration technique jugée trop étroite entre Ferrari et Haas, ainsi que le projet de prise de participation de Toto Wolff et Mercedes au capital d’Alpine. Le fonds Otro Capital, actionnaire du team d’Enstone, aurait en effet ouvert la porte à une cession de 24% des parts au manager autrichien.
C’est précisément ce dossier Wolff-Alpine qui cristallise les tensions. Ben Sulayem a nuancé sa position en reconnaissant que certaines acquisitions pouvaient s’avérer acceptables, avant d’ajouter : posséder deux écuries « n’est pas la bonne voie ». Une déclaration à titre personnel, certes, mais qui n’en résonne pas moins comme un avertissement solennel. L’affaire comporte par ailleurs un sous-texte savoureux : selon des rumeurs circulant dans le paddock, Wolff chercherait à entrer au capital d’Alpine pour barrer la route à son rival historique Christian Horner, lui aussi pressenti pour racheter des parts du team français. Une hypothèse démentie par l’intéressé. La FIA devra désormais trancher : une prise de position officielle contre l’accord Wolff-Alpine remettrait mécaniquement en cause la légitimité de Red Bull à aligner deux écuries sous la même bannière. Un dossier explosif, dont l’issue pourrait redessiner les contours du plateau de Formule 1.
Djaffar KHODJA



