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Le grand souci de Bouziane avant le stage de l’EN

La forme physique des joueurs

Les blessures en cascade enregistrées lors du dernier regroupement de la sélection nationale de basket-ball ne relèvent pas d’un simple accident de parcours ou d’une malchance passagère.

Elles ont brutalement mis en lumière une réalité que beaucoup dans le milieu préféraient ignorer ou minimiser : la condition physique du basketteur algérien demeure le maillon faible de la chaîne de performance. Ce défaut structurel se révèle particulièrement criant lorsqu’il s’agit de répondre aux exigences impitoyables du haut niveau international, où la moindre faiblesse peut compromettre une campagne entière. Aujourd’hui, porter le maillot national ne saurait se limiter à une question de talent brut, de taille imposante ou de sens inné du jeu. La condition physique émerge comme un critère fondamental, presque non négociable, pour tout prétendant à la sélection. C’est précisément ce volet qui deviendra le cheval de bataille d’Ali Bouziane, le sélectionneur national, dans la préparation des prochaines échéances internationales. Le stage prévu vers la fin du mois en cours marquera le point de départ de cette offensive. Si le problème ne se pose nullement pour les joueurs évoluant à l’étranger – souvent encadrés par des staffs professionnels rodés aux standards élevés –, la condition physique des joueurs locaux suscite une vive inquiétude chez Bouziane. C’est pourquoi, par le biais de la Direction technique nationale (DTN), il a formellement requis que les clubs redoublent d’efforts en ce sens. L’objectif ? Préparer les athlètes à répondre aux exigences du haut niveau, sans quoi les ambitions collectives resteront lettre morte.

Le basket moderne est un sport d’intensité totale et sans répit
Le basket-ball international a connu une mutation profonde au cours des deux dernières décennies. Le jeu s’est accéléré de manière spectaculaire, devenant plus explosif, plus physique et infiniment plus exigeant sur le plan cardiovasculaire. Observez les stars de la NBA ou des compétitions FIBA : des athlètes comme Giannis Antetokounmpo ou Nikola Jokić enchaînent des sprints fulgurants, des sauts vertigineux et des duels corps-à-corps sans jamais faiblir. En Algérie, un joueur appelé en équipe nationale doit être capable d’imiter cette intensité : enchaîner des sprints répétés sur 40 minutes, multiplier les changements de direction brutaux, résister à des duels physiques intenses et soutenir des séquences à haute intensité, parfois sur plusieurs matchs rapprochés lors de tournois qualificatifs. Cette réalité impose une base physique solide, forgée bien en amont, dès les entraînements quotidiens en club. La sélection nationale n’est pas un centre de remise en forme ni un camp de rattrapage. Elle représente le summum de l’excellence où l’on affine les compétences, ajuste les tactiques et optimise les performances… mais où l’on ne reconstruit pas des fondations défaillantes. Les staffs techniques le savent : arriver en stage avec une préparation physique lacunaire, c’est hypothéquer toutes les chances de succès.

Ce que devrait être la condition physique d’un international
Un basketteur aspirant à l’équipe nationale doit répondre à un ensemble d’exigences claires et quantifiables, validées par les normes internationales. D’abord, une endurance spécifique élevée, capable de maintenir une intensité maximale sur les 40 minutes réelles d’un match, y compris en prolongation. Pensez aux tests comme le Yo-Yo Intermittent Recovery Test, couramment utilisés en FIBA, qui mesurent la capacité à répéter des efforts anaérobies. Ensuite, une explosivité maîtrisée, indispensable pour le jeu sans ballon, les récupérations défensives et les transitions rapides. Sans cette qualité, un joueur se fait systématiquement distancer en contre-attaque. Vient alors la force fonctionnelle, essentielle pour encaisser les contacts répétés sans fragiliser muscles et articulations – un gainage abdominal solide et une puissance des jambes qui absorbent les chocs. Enfin, une prévention des blessures intégrée, via un travail régulier de mobilité articulaire, de récupération active (comme la cryothérapie ou les massages) et de renforcement proprioceptif.

Le rôle central des clubs trop souvent négligé
Les clubs algériens demeurent les premiers responsables de la santé physique de leurs joueurs. Pourtant, les constats accablants du stage de novembre dernier – huit blessés en l’espace de quelques jours seulement – posent une question lancinante : les athlètes arrivent-ils réellement préparés physiquement en sélection ? Cette hécatombe n’est pas isolée ; elle reflète une réalité systémique. Parmi les causes profondes : une charge de matchs excessive sans périodes de récupération adéquates, l’absence récurrente de préparateurs physiques spécialisés dans les structures locales, et une planification approximative des saisons, souvent dictée par des contraintes budgétaires plutôt que par des protocoles scientifiques. Résultat ? Des joueurs fragiles qui craquent au premier pic d’intensité nationale. Sans une préparation structurée en club – incluant des cycles de pré-saison dédiés à la force et à l’endurance –, la sélection subit de plein fouet ces lacunes.

La sélection n’est pas un laboratoire expérimental
Ali Bouziane l’a martelé sans ambiguïté : il est impossible de bâtir une équipe compétitive avec des joueurs physiquement fragilisés. Chaque blessure survenue en stage n’est pas qu’une perte sportive immédiate ; c’est un signal d’alarme retentissant sur l’ensemble du système pyramidal du basket algérien. À l’approche d’échéances cruciales comme le Championnat arabe des nations, la sélection a urgemment besoin de joueurs prêts physiquement, disponibles mentalement et capables de supporter des charges d’entraînement intenses.

Changer de culture, pas seulement de discours
Le basket algérien a franchi un cap historique en remportant un titre arabe en août 2025, mais pour que ce succès ne soit pas un feu de paille isolé, il doit s’accompagner d’un changement culturel profond.
Être international, ce n’est pas seulement savoir dribbler, shooter ou défendre avec flair. C’est être prêt à jouer au basket, tout le temps, à 100%, sans se blesser ni fléchir sous la pression. Tant que cette réalité ne sera pas pleinement intégrée dans les clubs – via des formations pour les coachs, des partenariats avec des experts en sciences du sport et un suivi individualisé –, la sélection nationale continuera de payer les erreurs commises en amont. Il est temps de passer des mots aux actes pour hisser le basket algérien au rang qu’il mérite.

Walim Mansouri

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