Mohamed Djouadj ( Président de la fédération algérienne) — « Développer le Vovinam en Algérie et en faire une référence mondiale »

Mohamed Djouadj est aujourd’hui l’une des figures les plus influentes des arts martiaux en Algérie et dans le monde du Vovinam Viet Vo Dao. Maître international, expert reconnu et dirigeant sportif de haut niveau, il occupe plusieurs fonctions majeures : président de la Fédération algérienne (FAVVD), président de la Confédération africaine et arabe, ainsi que secrétaire général de la Fédération mondiale. Mais au-delà des titres et des responsabilités internationales, son parcours reste avant tout celui d’un pionnier, engagé depuis plus de quarante ans dans la structuration et le développement d’une discipline encore méconnue en Algérie dans les années 1980.
« Je suis dans le Vovinam depuis 1985. C’est un art martial vietnamien qui m’a immédiatement attiré par sa richesse technique, mais aussi par sa dimension éducative et humaine », confie-t-il.
Le commencement de Djouadj et le développement du Vovinam en Algérie
« Tout commence en 1985. J’ai découvert le Vovinam Viet Vo Dao à cette période. Très vite, j’ai décidé de m’y investir sérieusement. J’ai effectué plusieurs stages de haut niveau, notamment au Vietnam et en France », explique Mohamed Djouadj. Ces expériences internationales vont être déterminantes dans sa trajectoire. « Ces stages m’ont permis non seulement de progresser techniquement, mais aussi de comprendre la philosophie profonde de cet art martial. »
De retour en Algérie, il se confronte à une réalité difficile : la discipline est quasiment inexistante. « Il n’y avait pas de structures, pas d’encadrement, pas de cadre organisé. Il fallait tout construire à partir de zéro. » C’est à partir de là que commence un long travail de structuration. « J’ai fait venir plusieurs experts étrangers et nous avons commencé à développer progressivement le Vovinam en Algérie. Petit à petit, les clubs ont commencé à se former et les pratiquants à augmenter. »
La discipline trouve progressivement son public
« Nous avons constaté un retour très positif. Les jeunes ont adhéré rapidement, et le Vovinam a commencé à s’installer dans le paysage des arts martiaux algériens. » Avec le temps, les premiers résultats apparaissent. « En 2012, nous avons organisé une grande compétition à Aïn Benian avec 2 300 participants. C’était une étape importante pour nous. » En parallèle, la discipline progresse aussi à l’international. « Au Vietnam, ils ont organisé une compétition avec plus de 6 000 athlètes. Cela montrait déjà l’ampleur que pouvait prendre notre discipline. » Depuis, la progression algérienne s’est accélérée. « Nous sommes passés à 12 000 participants, puis aujourd’hui à environ 33 000 licenciés. » Mais la comparaison reste frappante. « Le Vietnam compte aujourd’hui plus de 3 millions de pratiquants, principalement grâce à l’intégration du Vovinam dans le sport scolaire. »
Le Vovinam doit s’associer au sport scolaire
« Nous avons signé un accord avec différentes parties concernées, mais malheureusement cela n’a pas abouti aux objectifs que nous nous étions fixés. Il y a trois ou quatre ans, durant le mandat précédent, nous avons transmis ce dossier à tous les présidents de ligues ainsi qu’aux responsables de clubs afin de lancer concrètement cette initiative sur le terrain. Mais, hélas, cela n’a pas eu de suite favorable ni de véritable retour positif », explique-t-il. Dans cette optique, Mohamed Djouadj a proposé une nouvelle approche centrée sur la formation en milieu scolaire.
« En tant que premier responsable de cette discipline en Algérie, j’ai proposé de mettre nos entraîneurs de Vovinam, déjà formés et titulaires d’un diplôme de premier degré d’éducateur, à la disposition des écoles, et ce gratuitement. L’idée est simple : permettre aux élèves de découvrir notre sport dans leur environnement scolaire, et ainsi en faire bénéficier tout le monde. Ensuite, si un élève montre des aptitudes, il pourra rejoindre un club et intégrer le circuit de la compétition. » Une initiative qui, selon lui, aurait dû créer une véritable passerelle entre l’école et les clubs. Mais la réalité du terrain reste différente.
« Nous avons déjà organisé un championnat scolaire à Dar El Beïda, mais au final, les athlètes qui ont pris part à cette compétition étaient pratiquement tous issus des clubs. Ils n’étaient pas venus directement via leurs établissements scolaires, mais à travers leur structure sportive », regrette-t-il.
Pour le président de la Fédération, le développement du Vovinam passe nécessairement par une coordination institutionnelle plus large. « Il faudrait des accords solides entre la Fédération et le ministère des Sports, mais aussi avec le ministère de la Jeunesse, celui de l’Éducation nationale, et même à terme avec l’Enseignement supérieur. Sans cette coordination, il sera difficile d’atteindre nos objectifs. » Il affirme néanmoins que des discussions ont été relancées récemment.
« Nous avons recontacté les différentes parties. On nous a demandé de patienter en raison des procédures administratives. Mais il y a tout de même un point positif : le Président de la République a récemment intégré plusieurs diplômés de l’Institut des sports, qui ont commencé à exercer comme éducateurs. »
Pour lui, cette dynamique doit maintenant s’étendre à la compétition scolaire et universitaire. « Il faudrait, à un moment donné, engager des compétitions comme les Jeux africains ou les Jeux universitaires avec des athlètes issus directement des écoles et des universités, et non uniquement des clubs. C’est important pour le développement des athlètes et pour assurer une meilleure formation à long terme », conclut-il.
Les objectifs de l’Algérie
Sur le plan sportif, les ambitions restent élevées et clairement définies. « Nos prochains objectifs sont les Championnats d’Afrique 2026 au Rwanda. Nous devons défendre notre titre que nous détenons depuis 2012 », affirme-t-il. La préparation est déjà bien avancée. « Nous avons entamé les stages de préparation depuis plusieurs mois. Le niveau augmente chaque année, donc il faut anticiper et travailler dans la durée. » L’échéance suivante est encore plus importante. « En 2027, nous aurons les Championnats du monde. La compétition devient de plus en plus relevée. » Il cite les principales nations concurrentes. « Le Vietnam et l’Algérie restent les deux grandes puissances, mais la France, l’Italie, la Russie et l’Iran sont aussi très compétitifs. » En parallèle, la fédération vise une croissance structurelle. « Nous voulons développer les ligues de wilaya, renforcer la formation et dépasser les 50 000 licenciés dans les années à venir. » Une ambition symbolique accompagne ce projet. « Nous voulons faire d’Alger une capitale mondiale du Vovinam Viet Vo Dao. »
Les moyens insuffisants
Mais malgré des ambitions sportives clairement affichées, les contraintes financières continuent de freiner le développement de la discipline. Le constat de Mohamed Djouadj est sans détour. « Les moyens sont insuffisants. L’argent reste le nerf de la guerre dans le sport de haut niveau », insiste-t-il. Au-delà du principe, le dirigeant évoque une réalité concrète liée à la préparation des grandes échéances internationales. Les besoins sont importants, notamment en matière de stages, de regroupements, de compétitions préparatoires et de participation à l’étranger. « Pour les derniers Championnats du monde, nous avons reçu environ 400 millions de centimes. C’est très insuffisant pour assurer une préparation complète et optimale au niveau international », précise-t-il.
Dans ces conditions, la fédération est contrainte de s’organiser autrement pour maintenir son niveau de performance et continuer à faire progresser ses athlètes. « Nous comptons beaucoup sur nos propres ressources : les adhésions, les stages techniques et les passages de grades. Sans cela, il serait impossible de fonctionner normalement », explique le président de la Fédération. Une gestion qui repose donc largement sur l’autofinancement et la mobilisation interne, dans un contexte où les exigences du haut niveau international ne cessent d’augmenter.
La compétition nationale
Concernant le calendrier sportif, la Fédération a déjà enchaîné les différentes épreuves du championnat national, toutes catégories confondues. L’attention se tourne désormais vers la prochaine grande échéance : la Coupe d’Algérie, une compétition très attendue et populaire dans le milieu du Vovinam. « En ce qui concerne les compétitions, après avoir disputé les différentes épreuves du championnat national toutes catégories confondues, nous nous apprêtons à disputer dans les prochains jours la Coupe d’Algérie », explique Mohamed Djouadj. Initialement programmée plus tôt, la compétition a dû être reprogrammée en raison de plusieurs contraintes. « Elle a été reportée en raison des examens scolaires et universitaires, mais aussi du rendez-vous électoral », précise-t-il.
Le calendrier est désormais fixé avec une organisation en deux temps. Les premières catégories entreront en lice à Mila. « Les épreuves auront lieu du 7 au 11 juillet à Mila et concerneront les catégories minimes et cadets », indique le président de la Fédération. Les phases finales et les catégories supérieures suivront dans une autre wilaya. « Les juniors et les seniors disputeront leurs compétitions du 14 au 18 juillet à Tlemcen », ajoute-t-il.
Enfin, une ouverture médiatique est également envisagée pour donner plus de visibilité à l’événement. « Si nous parvenons à un accord avec la télévision nationale pour la retransmission des finales en direct depuis la salle Harcha-Hacène à Alger, ce serait une belle avancée. Sinon, les finales se dérouleront à Tlemcen comme prévu », conclut Mohamed Djouadj.
Visite à travers plusieurs wilayas du pays
Dans le cadre du développement du Vovinam Viet Vo Dao en Algérie et de sa restructuration, la Fédération a engagé une vaste tournée nationale. Une démarche qui vise à renforcer le lien avec les clubs, les ligues et les athlètes, tout en prenant en charge leurs préoccupations directement sur le terrain. « Dans le cadre du développement du Vovinam et de sa restructuration, et dans l’intérêt de suivre de près les préoccupations des athlètes, des clubs et des ligues, nous avons jugé utile et nécessaire d’effectuer une tournée nationale de visite et d’inspection dans plusieurs régions du pays », explique Mohamed Djouadj.
Cette tournée a été menée progressivement à travers différentes régions du pays. Elle a d’abord concerné l’Est algérien. « Nous avons commencé par la wilaya de Biskra, puis Batna, El Milia, Jijel et Sétif », détaille-t-il. Une deuxième phase a ensuite permis de couvrir d’autres wilayas de l’Est, avec des actions concrètes sur le terrain. « Nous avons poursuivi avec Annaba, Guelma et Souk Ahras, où nous avons même créé une nouvelle section. Nous sommes également passés par Oum El Bouaghi et Bordj Bou Arréridj », précise-t-il.
Certaines visites ont dû être reportées, sans remettre en cause la continuité du programme. « Nous avons simplement reporté notre passage à Khenchela, car les athlètes étaient occupés pour différentes raisons. Mais nous y retournerons prochainement. Globalement, la région de l’Est a été pratiquement entièrement couverte », ajoute-t-il.
La tournée s’est ensuite poursuivie vers l’Ouest du pays, avec un programme tout aussi chargé. « Nous avons enchaîné avec Mostaganem, Oran, Tlemcen et Chlef. À Chlef, nous avons organisé une journée d’étude consacrée à la préparation physique des sportifs », souligne le président de la Fédération. Le déplacement s’est également étendu à d’autres wilayas de l’Ouest et du centre. « Nous avons aussi visité Aïn Defla, Relizane, Mascara, et d’autres régions du centre et du Sud du pays », conclut-il.
Entretien réalisé par N. E.
Qui est Mohamed Djouadj ?
Universitaire de formation et éducateur sportif de grade 3, Mohamed Djouadj est considéré comme l’un des pionniers du Vovinam Viet Vo Dao en Algérie, discipline qu’il a contribué à introduire et structurer dès 2001. Son parcours est étroitement lié à l’essor de cet art martial dans le pays, qu’il accompagne depuis plus de trois décennies.
Sur le plan technique, il figure parmi les plus hauts gradés de la discipline à l’échelle internationale. Il est expert international, maître de Vovinam, ceinture rouge 7e dan, précise-t-on dans son parcours. Ce grade, particulièrement élevé, correspond à l’un des niveaux les plus avancés du système de progression. Il appartient au cercle restreint des maîtres hautement qualifiés, reconnaissables à la ceinture rouge ornée de trois barrettes blanches (Hong Dai 3), et chargés de l’encadrement technique et pédagogique de la discipline.
Fonctions actuelles
– Mohamed Djouadj occupe aujourd’hui plusieurs responsabilités majeures au sein des instances nationales, continentales et mondiales du Vovinam :
– Secrétaire général de la Fédération mondiale de Vovinam Viet Vo Dao (depuis 2023)
– Vice-président de la Fédération mondiale (2012–2023, puis à nouveau depuis 2023)
– Président de la Fédération africaine de Vovinam Viet Vo Dao (depuis 2012)
– Président de l’Union arabe de Vovinam Viet Vo Dao (depuis 2018)
– Président de la Fédération algérienne de Vovinam Viet Vo Dao (depuis 2016)
– Enseignant vacataire à l’Institut national de formation supérieure en sciences et technologies du sport – Abdellah Fadel – (depuis 2009)
Fonctions précédentes
Son engagement dans la structuration du Vovinam en Algérie remonte à plusieurs décennies, avec de nombreuses initiatives fondatrices :
– Pratiquant au sein de l’école Tanin Al Jabal (Dragon de la Montagne) (1985–2001)
– Fondateur et président du club Olympique de Bourouba (1996–2016)
– Fondateur et président de la Ligue de Vovinam (1998–2001)
– Fondateur et vice-président de l’Association nationale de Vovinam (1997–2001)
– Fondateur et président de la Ligue des arts martiaux de la wilaya d’Alger (2001–2016)



