
Le nouveau directeur technique national de la Fédération algérienne de handball, Kamel Akkab, s’est exprimé à cœur ouvert pour la première fois depuis sa nomination. Dans cet entretien, l’ancien international et ex-sélectionneur national aborde les principaux dossiers qui concernent la direction technique, évoque son projet, la formation des jeunes, des entraîneurs et des arbitres, le sport scolaire, le retard du championnat ainsi que les difficultés auxquelles fait face le handball algérien.
Son programme, qui repose essentiellement sur la formation, la structuration et la coordination entre les différents acteurs de la discipline, a été présenté au bureau fédéral, présidé par Mourad Boussebt, et approuvé samedi dernier. Toutefois, Kamel Akkab précise qu’il n’a pas attendu cette validation officielle pour entamer son travail. Depuis plus de deux mois, il s’attelle déjà à mettre en place les fondations de son projet et à constituer une équipe capable de l’accompagner dans cette nouvelle mission.
« J’ai accepté après une longue réflexion »
Vous n’êtes plus à présenter, Monsieur Kamel Akkab. Ancien international, ex-sélectionneur national, vous avez également une riche et longue expérience comme entraîneur à l’étranger. Qu’est-ce qui vous a motivé à prendre les rênes de la Direction technique nationale ?
Au départ, lorsque le président de la Fédération algérienne de handball m’avait sollicité pour me proposer ce projet, j’avais décliné. Je n’étais pas immédiatement convaincu qu’il s’agissait du bon moment pour prendre une telle responsabilité. Par la suite, après une longue réflexion, j’ai finalement décidé d’accepter. J’ai donc repris attache avec le président de la FAHB afin de lui faire part de ma disponibilité et de mon intérêt pour le projet. C’est à ce moment-là que nous avons discuté en profondeur et que nous sommes parvenus à un accord. Par la suite, j’ai commencé à préparer mon programme et à définir les grandes lignes du travail que nous devions accomplir au niveau de la Direction technique nationale. J’ai ensuite présenté ce projet au bureau fédéral, qui a fini par l’approuver. Mais je tiens à rappeler un point important.
Lequel ?
Je n’ai pas attendu l’aval du bureau fédéral pour commencer à travailler. Cela fait exactement deux mois et dix jours que j’ai entamé ma mission. Dès le départ, j’ai estimé qu’il était nécessaire de se mettre immédiatement au travail, car les échéances sont nombreuses et le handball algérien a besoin d’une véritable dynamique. Il existait déjà un travail effectué par Kraroubi, qui était sous la coupe de Filali. Cela fait plus d’une année qu’il travaille sur ce projet. Il a accompli un travail important jusque-là et c’est tout à son honneur. Il ne faut pas effacer ce qui a été réalisé auparavant. Au contraire, il faut s’appuyer sur les acquis et essayer d’améliorer les choses. Aujourd’hui, une équipe complète a été installée au sein de la Direction technique nationale. Je suis convaincu que la DTN ne peut pas être l’affaire d’une seule personne. C’est un travail d’équipe avant tout. Chacun doit avoir une mission précise et apporter son expérience dans le domaine qui lui est confié.
« La priorité sera accordée aux moins de 17 ans »
Quelles sont les grandes lignes de votre projet ?
Notre projet comporte plusieurs volets. Le premier, et probablement le plus important, concerne la formation. Nous parlons de la formation des joueurs, mais également de celle des entraîneurs et des arbitres. Il faut agir sur l’ensemble de la chaîne si nous voulons construire un handball solide et durable. En ce qui concerne les joueurs, nous allons accorder une attention particulière à la catégorie des moins de 17 ans. Je considère que les moins de 21 ans sont déjà pratiquement des seniors, tandis que les moins de 19 ans frappent aux portes de l’équipe première. Cela ne veut pas dire que nous allons négliger ces deux catégories, mais notre travail de fond doit commencer beaucoup plus tôt. Chez les moins de 17 ans, il existe une marge de progression très importante, notamment sur les plans physique et technique. C’est à cet âge que nous pouvons corriger les lacunes, inculquer les bonnes habitudes et former des joueurs capables d’évoluer plus tard au plus haut niveau. Nous avons d’ailleurs déjà entamé un travail dans ce sens avec les différentes sélections régionales qui ont été constituées. Nous disposons d’un groupe assez important de jeunes, aussi bien chez les garçons que chez les filles. Nous allons les suivre de manière régulière, évaluer leur progression et sélectionner par la suite les meilleurs éléments afin de composer les différentes équipes nationales. L’objectif n’est pas de convoquer les joueurs uniquement à l’approche des compétitions. Il faut les suivre sur la durée, connaître leurs qualités, leurs insuffisances, leur évolution physique et leur comportement. C’est de cette manière que nous pourrons mettre en place une véritable politique de formation.
« La préparation des sélections de jeunes était insuffisante »
Qu’en est-il des sélections U19 et U21 qui ont participé au dernier Championnat d’Afrique à Abidjan ?
Malheureusement, les résultats obtenus n’ont pas été satisfaisants. Je ne vais toutefois pas trop m’étaler sur ce sujet, car je n’ai pas encore réuni tous les éléments nécessaires pour établir un bilan complet et précis de la situation. Ce que je peux dire pour le moment, c’est que nos jeunes n’ont pas bénéficié du temps de préparation nécessaire avant cette compétition africaine. Ils n’ont pas eu suffisamment de regroupements et, surtout, ils n’ont pas eu la possibilité de se mesurer à des équipes africaines durant la période de préparation. Même en ce qui concerne les matchs amicaux disputés en Algérie, les possibilités étaient très limitées. Il n’y avait que deux équipes disponibles, car elles n’avaient pas encore commencé leur propre préparation. Dans ces conditions, il était difficile de préparer convenablement une compétition d’un tel niveau. Je dirai donc que la mauvaise préparation a joué un rôle important dans les résultats enregistrés. Une sélection nationale, quel que soit son niveau, ne peut pas aborder une compétition internationale avec un nombre réduit de matchs et de séances de travail. La préparation doit être planifiée plusieurs mois à l’avance et comporter des oppositions de qualité.
« Nous devons disposer d’une base de données nationale »
Vous avez évoqué la formation des joueurs. Qu’en est-il de celle des entraîneurs-formateurs qui s’occupent des jeunes ?
Nous accordons également une grande importance à la formation des entraîneurs. Il est impossible de développer les jeunes joueurs sans améliorer parallèlement le niveau de ceux qui les encadrent. Un bon joueur a besoin d’un entraîneur compétent, bien formé et capable de suivre son évolution. En collaboration avec la Confédération africaine de handball, nous programmons régulièrement des stages de formation de niveaux A, B, C et D. Ce mois-ci, un stage destiné aux entraîneurs des jeunes sera organisé pour l’obtention de la licence D, sous l’égide de la Fédération internationale de handball. Ce type de formations représente une véritable opportunité pour les techniciens algériens. Elle leur permet d’obtenir une qualification reconnue sans devoir supporter des frais importants liés au déplacement, au visa ou à l’hébergement à l’étranger. Nous devons multiplier ces initiatives afin de permettre au plus grand nombre d’entraîneurs d’améliorer leurs connaissances. Mais il existe également un problème auquel nous devons nous attaquer rapidement.
Lequel ?
Nous ne disposons pas encore d’une véritable base de données nationale concernant les entraîneurs. Nous ne savons pas exactement combien d’entraîneurs de handball exercent en Algérie, quel est leur niveau de formation ni quels diplômes ils détiennent réellement. Est-ce qu’ils possèdent un diplôme de troisième degré ? Ont-ils suivi une formation universitaire ? Détiennent-ils une licence délivrée par l’IHF ou la CAHB ? Toutes ces informations doivent être recensées avec précision. La situation est d’autant plus complexe que l’État algérien reconnaît les diplômes délivrés par les universités algériennes, alors que l’IHF et la CAHB fonctionnent avec leur propre système de licences : A, B, C et D. Il y a donc parfois une différence entre les qualifications reconnues au niveau national et celles exigées par les instances internationales. C’est un véritable casse-tête pour la Direction technique nationale. C’est la raison pour laquelle nous sommes sur le point de mettre en place une base de données qui concernera les entraîneurs, mais aussi les athlètes et les arbitres. Nous devons savoir qui travaille dans la discipline, avec quelle qualification et dans quelles conditions.
« Le sport scolaire occupe une place importante »
Quelle place accordez-vous au sport scolaire ?
Le sport scolaire occupe une place très importante dans notre projet. Nous avons d’ailleurs déjà commencé à travailler dans ce sens. Une personne a été chargée de ce dossier et aura notamment pour mission de coordonner avec le ministère de l’Éducation nationale. Contrairement aux années précédentes, plusieurs lycées sportifs existent aujourd’hui. C’est une très bonne chose, car ces structures permettent aux jeunes athlètes de poursuivre leurs études tout en bénéficiant d’un volume horaire d’entraînement adapté. Nous ne comptons cependant pas uniquement sur les lycées sportifs. Nous voulons également lancer des pôles de formation dans différentes régions. Cela nécessite une coordination avec plusieurs parties, notamment les instances concernées, les établissements scolaires, les clubs et les autorités locales. Nous sommes donc en train de préparer cette collaboration. Le sport scolaire doit devenir un véritable réservoir pour le handball national. Il faut détecter les jeunes talents le plus tôt possible et leur offrir un cadre qui leur permette de progresser sans être contraints de choisir entre les études et le sport. Personnellement, j’ai fait partie de la sélection scolaire lorsque j’étais jeune. Cette expérience m’a permis de lancer ma carrière et de découvrir le haut niveau. Je sais donc parfaitement l’importance que peut avoir le sport scolaire dans la formation d’un athlète.
« Il est impératif d’avoir des arbitres de qualité »
Un stage d’arbitres s’est récemment déroulé à Tikjda. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Comme vous le savez, les arbitres doivent passer toute une batterie de tests afin d’être évalués sur les plans physique, théorique et technique. C’était précisément l’objectif du stage organisé à Tikjda, qui a duré trois jours. Deux stages sont prévus au total. Les arbitres ont d’abord été soumis à des tests physiques destinés à évaluer leur condition et leur capacité à suivre le rythme d’un match. Une partie théorique a également été programmée sous la responsabilité de formateurs algériens qualifiés. Ces formateurs sont eux-mêmes d’anciens arbitres internationaux ou des arbitres internationaux en activité. Ils disposent donc de l’expérience nécessaire pour encadrer les participants et les préparer aux exigences du haut niveau. L’arbitrage est un élément essentiel dans la réussite d’un championnat. Nous avons besoin d’arbitres compétents, disponibles et capables de prendre les bonnes décisions dans les moments importants. La qualité de nos compétitions dépend également de la qualité de notre arbitrage.
« Le retard du championnat ne nous arrange pas »
Le championnat n’a toujours pas débuté. Comment expliquez-vous cette situation ?
Ce dossier ne relève pas directement des prérogatives de la Direction technique nationale. Tout ce que je peux vous dire, c’est que la DTN avait proposé le début du championnat pour le 18 septembre. Mais il faut savoir que la direction technique propose, elle ne peut pas imposer une date aux clubs. Le lancement du championnat dépend de plusieurs paramètres et de plusieurs parties. Nous devons donc respecter les décisions prises dans ce cadre. Cela dit, ce retard ne nous arrange absolument pas, notamment en ce qui concerne le programme de préparation de l’équipe nationale. Chaque journée perdue peut avoir des conséquences sur le calendrier général de la saison.
Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Il ne faut pas oublier que le Championnat du monde aura lieu au mois de janvier en Allemagne. Le Championnat national observera donc une trêve de plus d’un mois. Le sélectionneur national, Raùl Alonso, a élaboré un programme en fonction des dates fixées par l’IHF. Ce programme doit être respecté à la lettre afin de permettre à l’équipe nationale de préparer cette importante échéance dans les meilleures conditions. Le retard pris dans le lancement du championnat risque de perturber l’ensemble du calendrier. Dans le pire des cas, le championnat pourrait se terminer au mois de juillet. Ce serait une situation difficile, voire inadmissible, de faire jouer nos athlètes sous une forte chaleur, dans des salles qui ne sont pas toutes adaptées à de telles conditions. Il faut rappeler qu’il n’existe que deux salles climatisées en Algérie. Les autres infrastructures ne disposent pas des équipements nécessaires pour garantir de bonnes conditions de jeu en pleine période estivale. Cette question doit être prise en considération dans la programmation des compétitions.
« Le handball national s’est replié sur lui-même »
Comment expliquez-vous la dégringolade du handball national ?
Il y a plusieurs raisons à cette situation. D’abord, nos clubs ne participent presque plus aux compétitions internationales. Or, sans confrontations avec des équipes étrangères, nos joueurs ne peuvent pas progresser et mesurer réellement leur niveau. Les compétitions internationales permettent de se frotter au haut niveau, d’acquérir de l’expérience et de découvrir d’autres méthodes de travail. Lorsque les clubs restent concentrés uniquement sur les compétitions nationales, les joueurs perdent progressivement le rythme et l’ambition nécessaires. Il y a également un problème au niveau de la formation. Nous devons revoir notre manière de travailler avec les jeunes et accorder davantage d’importance à la préparation physique, à la technique et à la compréhension tactique du jeu. Le handball n’est pas non plus suffisamment médiatisé. Cette discipline mérite une meilleure visibilité dans les médias et auprès du grand public. La médiatisation peut attirer de nouveaux pratiquants, intéresser les sponsors et encourager les clubs à se structurer davantage. Nous nous sommes repliés sur nous-mêmes, alors que ce n’est pas la mentalité du handball. Cette discipline repose sur l’échange, la solidarité et le travail collectif. Pour remettre le handball national sur les rails, il faudra l’aide de tout le monde : les responsables, les clubs, les entraîneurs, les joueurs, les arbitres, les médias et les supporters. Personne ne peut résoudre seul les problèmes de la discipline. Nous devons tous travailler ensemble et accepter de remettre certaines choses en question dans l’intérêt du handball algérien.
« Nous ne ménagerons aucun effort »
Un dernier mot pour les amoureux de la petite balle, qui sont préoccupés par l’avenir de cette discipline…
Je sais que les amoureux du handball algérien sont assoiffés de bons résultats. Je sais également que nous les avons déçus au cours des dernières années. Ils ont le droit d’attendre davantage de leurs équipes nationales et de leurs clubs. Tout ce que je peux leur dire, c’est qu’en tant que Direction technique nationale, nous ferons de notre mieux pour mettre les entraîneurs dans les meilleures conditions afin qu’ils puissent exercer correctement leur travail. Nous allons également tout mettre en œuvre pour permettre aux sélections jeunes de se préparer comme il se doit en prévision de leurs prochaines échéances. Nous ne ménagerons aucun effort pour mettre en place notre projet et donner une nouvelle dynamique à la formation. Mais cette mission ne pourra réussir que si toutes les parties concernées s’impliquent réellement. Si nous ne parvenons pas à atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, je pense que la Direction technique nationale devra sérieusement remettre en cause son existence et son fonctionnement. Il n’est pas normal de mettre en place des objectifs sans parvenir à les réaliser. Nous avons une responsabilité envers les joueurs, les entraîneurs, les clubs et tous ceux qui aiment cette discipline. Nous aurons donc besoin de l’aide de tous ceux qui pratiquent le handball, de tous ceux qui l’aiment et, surtout, de tous ceux qui le gèrent. C’est uniquement dans un esprit collectif que nous pourrons redonner au handball algérien la place qu’il mérite.
Propos recueillis par A. A.



