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Le dopage, un fléau systémique qui menace l’essence du sport

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Le dopage ne concerne pas seulement quelques cas isolés, il est devenu un fléau systémique qui menace l’essence même du sport. Lors d’un forum organisé par la Chaîne II à Alger, médecins, psychologues et athlètes ont tiré la sonnette d’alarme : face à la chimère d’une performance artificielle, seule une responsabilité collective peut préserver la santé des sportifs et l’éthique des compétitions. Dans l’arène sportive moderne, la frontière entre le dépassement de soi et l’autodestruction est devenue poreuse. Le slogan du forum — « Non à la drogue, non au dopage, mais ensemble pour un sport sain » — résonne comme un cri de ralliement.

Le cadre juridique et la nécessité de l’éducation
Pour les spécialistes présents à Alger, le constat est sans appel : le dopage est un ennemi commun trop puissant pour être combattu en ordre dispersé. Le professeur Redouane Mekacher, figure de proue de la lutte antidopage en Algérie, rappelle une réalité juridique implacable : le principe de la responsabilité objective. Selon les codes mondiaux, l’athlète est l’unique responsable des substances retrouvées dans son organisme. « L’ignorance des règlements ou l’ingestion involontaire ne protègent en rien contre la sévérité des sanctions », avertit-il. Cette règle d’acier souligne l’urgence d’une éducation permanente : un athlète mal informé est un athlète en sursis, risquant de voir sa carrière de sacrifices s’effondrer pour une simple négligence.

Les ravages physiologiques du dopage
Au-delà de la tricherie, c’est le capital santé qui est dilapidé. Le docteur Mourad Aït Tahar, ex-footballeur ayant porté les couleurs de la JSK et du MCA, détaille les ravages physiologiques causés par ces substances. Le dopage n’est pas une amélioration, c’est un sabotage organique. Il entraîne des dangers pour le cœur (risques accrus d’infarctus, d’hypertrophie cardiaque et de mort subite), pour le système hormonal (stérilité, dérèglements irréversibles et modifications physiques lourdes) et pour le système nerveux (troubles de l’humeur, agressivité incontrôlée et dépendance). Vouloir booster son corps avec des produits illicites équivaut à contracter une dette biologique que l’on paie toujours au prix fort.

Les causes profondes : pression et quête d’un podium
Pourquoi franchir la ligne rouge ? Docteure Karima Hadj-Arab, psychologue au Comité d’organisation des athlètes (COA), pointe la tyrannie du podium. Dans un univers où seul le résultat compte, certains athlètes, broyés par la pression, voient le dopage comme une béquille nécessaire. Elle plaide pour un accompagnement psychologique global, qui ne se limite pas aux jours de compétition. « Il faut inculquer les valeurs d’intégrité dès le plus jeune âge », affirme-t-elle. L’objectif : construire des sportifs résilients, capables de préférer une défaite honorable à une victoire souillée.

L’exemple et l’éthique personnelle comme vecteurs de changement
Pour le cycliste international Azzedine Lagab, la lutte contre le dopage commence par la discipline personnelle. Fort de son expérience, il rappelle que l’athlète est aussi un miroir pour la société. Sensibilisation et éthique de vie doivent aller de pair : le sportif ne doit pas être uniquement performant, il doit être exemplaire, sur et en dehors du terrain.

Une alliance nécessaire pour un sport protégé
La lutte antidopage exige une alliance sacrée entre les acteurs du sport : les instances sportives pour une surveillance et une législation stricte, le corps médical pour la prévention et l’alerte sur les risques vitaux, les entraîneurs et les parents pour protéger la santé mentale des jeunes talents, et enfin l’athlète lui-même, qui demeure le dernier rempart de sa propre intégrité. En fin de compte, protéger le sport du dopage, ce n’est pas seulement traquer les tricheurs, c’est avant tout protéger l’humain derrière la performance et garantir que le sport reste une école de vie, de santé et de vérité.
Le dopage n’est pas une fatalité. C’est un enjeu collectif qui exige éducation permanente, soutien psychologique, discipline personnelle et cadre éthique renforcé. En réunissant les forces du sport, de la médecine et de la société, il est possible de préserver la santé des athlètes, d’imposer des standards clairs et de rappeler que le véritable esprit sportif repose sur l’intégrité, la transparence et le respect des règles.

Walim Mansouri

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