Le champion algérien Sid Ali Boudina se reconvertit en entraîneur : « L’heure est venue de transmettre aux jeunes »

Après une carrière riche en exploits, entre sacres africains, podiums mondiaux et trois participations olympiques, le champion algérien Sid Ali Boudina a choisi de tourner une page importante de sa vie sportive. Le rameur algérien, connu pour sa discrétion mais aussi pour sa détermination sur l’eau, a décidé de mettre un terme à sa carrière d’athlète afin de se consacrer à la formation de la nouvelle génération. Une reconversion qu’il assume avec lucidité et ambition.
« Il est temps de transmettre le flambeau »
Au lendemain des Jeux olympiques de Paris 2024, Sid Ali Boudina explique avoir longuement réfléchi à la suite de son parcours. Continuer jusqu’aux JO de Los Angeles 2028 ou entamer une nouvelle aventure en dehors des compétitions ? Le choix n’a pas été simple pour celui qui a consacré toute sa vie à l’aviron. « Arrêter un sport que l’on pratique depuis l’enfance est toujours une décision difficile. L’aviron est une discipline où l’on atteint la maturité assez tardivement, grâce aux années d’expérience et aux nombreuses compétitions disputées aux niveaux national, africain et mondial. J’aurais encore pu performer, mais j’ai préféré penser à ma stabilité professionnelle et à mon avenir », confie-t-il. Le vice-champion du monde en salle a ainsi décidé de se reconvertir comme entraîneur, avec l’objectif de transmettre tout le savoir accumulé durant sa carrière. « J’espère pouvoir accompagner les futurs champions grâce à l’expérience, aux études et aux formations que j’ai suivies. Mon souhait est de voir émerger une nouvelle génération capable de décrocher des médailles et de porter haut les couleurs de l’Algérie », souligne-t-il.
« Il ne faut pas oublier les jeunes »
Pour Sid Ali Boudina, l’avenir de l’aviron algérien repose avant tout sur une meilleure transition entre générations. Il insiste sur l’importance d’intégrer progressivement les jeunes aux côtés des athlètes expérimentés afin d’assurer la continuité. « Il ne faut pas commettre l’erreur de miser uniquement sur les anciens champions. Bien sûr, ils méritent d’être soutenus et valorisés, mais il est indispensable d’investir aussi dans les jeunes pour préparer la relève. Lorsqu’une génération s’arrête brutalement sans transmettre son expérience, cela crée une cassure qui peut coûter plusieurs années de retard », explique-t-il.
Selon lui, les athlètes expérimentés ont un rôle essentiel à jouer dans l’accompagnement des plus jeunes, aussi bien sur le plan technique que mental. « Les anciens doivent partager leur savoir-faire, parler avec les jeunes, leur donner confiance et les aider à progresser. Peu importe l’endroit où je travaillerai, ma priorité restera toujours mon pays, car c’est l’Algérie qui m’a façonné et donné cette mentalité de compétiteur », affirme-t-il.
« L’aviron demande énormément de moyens »
Le rameur aux trois participations aux Jeux olympiques évoque également les difficultés auxquelles fait face l’aviron algérien comparé aux grandes nations mondiales. Selon lui, l’écart reste important, notamment sur le plan des infrastructures et des équipements. « L’aviron est historiquement très développé dans les pays anglo-saxons, qui disposent d’une véritable culture de cette discipline, avec des moyens considérables, beaucoup de matériel et des installations adaptées. En Afrique, nous souffrons surtout du manque de points d’eau », explique-t-il. Chez nous, les conditions de préparation restent compliquées. « Les clubs s’entraînent souvent dans les ports, où le trafic maritime rend la pratique difficile. Quant à l’équipe nationale, elle effectue ses stages dans les barrages, loin des grandes villes et parfois dans des zones isolées. Malgré toutes ces contraintes, nous avons réussi à réaliser un parcours honorable et à représenter dignement l’Algérie. Il est temps désormais de travailler pour faire progresser la discipline chez nous et lui donner sa véritable valeur et de transmettre tout ça aux jeunes. »
Entretien réalisé par N. E.



