
Le président de la Fédération algérienne de handball, Mourad Boussebt, a confirmé avec enthousiasme l’arrivée imminente du technicien espagnol Raoul Alonso Sanguino à la tête de la sélection nationale messieurs. Dans cet entretien exclusif, il décortique les motivations profondes de ce recrutement stratégique, expose les ambitions à long terme de la FAHB et analyse les défis structurels qui jalonnent le chemin du handball algérien dans les années à venir, dans un contexte où la discipline cherche à se repositionner parmi les puissances africaines.
Vous avez récemment annoncé un accord avec l’entraîneur espagnol Raoul Alonso. Peut-on dire que tout est désormais finalisé ?
Oui, absolument. On a tout conclu avec Raoul Alonso. Les négociations ont duré plusieurs semaines intenses, impliquant des échanges approfondis sur les attentes mutuelles, les contrats et les modalités logistiques, car nous tenions à ce que le projet sportif soit non seulement clair, mais pleinement partagé et endossé par les deux parties. Aujourd’hui, nous sommes pleinement satisfaits de l’accord scellé, qui ouvre une page prometteuse. Raoul Alonso n’est pas un entraîneur ordinaire : il incarne une vision moderne du handball, forgée dans les arènes les plus exigeantes d’Europe, où il maîtrise à la perfection les standards du haut niveau. L’Algérie avait urgemment besoin d’un profil comme le sien pour injecter une dynamique fraîche à notre sélection nationale, tout en contribuant à une restructuration globale de la discipline, incluant la modernisation des méthodes d’entraînement et la professionnalisation des processus. Alonso s’aligne idéalement sur cette philosophie ambitieuse. Son arrivée marque incontestablement le coup d’envoi d’un nouveau cycle revitalisant pour le handball algérien, avec des perspectives de croissance durables.
Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
L’école espagnole n’est plus à présenter à l’échelle internationale. Depuis des décennies, l’Espagne domine le handball mondial, remportant titres olympiques, mondiaux et européens grâce à un savoir-faire exceptionnel. Les entraîneurs espagnols sont mondialement plébiscités pour leur rigueur tactique impitoyable, leur engagement sans faille dans la formation des jeunes et leur maîtrise d’un jeu rapide, fluide et offensif, adapté aux exigences contemporaines. Avant de trancher, nous avons minutieusement étudié une « short-list » de candidats internationaux, analysant palmarès, styles de jeu et compatibilités culturelles. Ce qui a définitivement convaincu la FAHB chez Raoul Alonso, c’est sa méthodologie de travail structurée, sa discipline de fer et, surtout, sa capacité avérée à édifier des projets victorieux sur le long terme, comme en attestent ses succès passés avec des clubs et des sélections. Nous ne visons pas uniquement des résultats cosmétiques et immédiats ; notre horizon est plus vaste. Le handball algérien souffre d’un déficit de culture professionnelle : il lui faut une organisation irréprochable, une préparation scientifique avancée (nutrition, biomécanique, récupération) et une approche holistique à tous les échelons. L’héritage de l’école espagnole, riche en innovations tactiques et en développement humain, peut nous propulser vers ces standards d’élite.
Raoul Alonso possède également une expérience importante en Allemagne…
Exactement. Il a une grande expérience dans le championnat allemand, unanimement reconnu comme l’un des plus relevés et impitoyables au monde, avec des clubs comme Kiel ou Flensburg qui dictent les tendances européennes. Évoluer dans un tel environnement compétitif, où chaque match est une bataille physique et stratégique, forge une expertise inestimable en gestion de pression et en optimisation des performances. Le championnat allemand excelle en intensité physique, en organisation logistique exemplaire et en professionnalisme absolu, servant de modèle pour les nations émergentes. Un coach ayant navigué dans ces eaux tumultueuses accumule un bagage technique (défense hermétique, transitions fulgurantes) et humain (leadership, résilience) incomparable. C’est précisément cette richesse que nous comptons exploiter pour élever notre sélection nationale et, surtout, nos jeunes pousses prometteuses. Dans le handball actuel, le très haut niveau impose une domination totale des facettes tactiques, physiques (endurance, explosivité) et mentales (gestion du stress, cohésion d’équipe). Alonso apporte cette expertise internationale qui, nous l’espérons, nous permettra de franchir un palier décisif et de rivaliser avec les cadors.
Son rôle dépassera-t-il le cadre de l’équipe nationale ?
Oui, bien sûr. Il aura un droit de regard sur la DTN vu que c’est un excellent formateur. Nous ambitionnons qu’il s’implique activement dans la réflexion stratégique pour le développement global du handball national, en reliant les catégories jeunes aux seniors. Historiquement, l’absence de coordination technique a freiné notre progression : il est temps de remédier à cela. Raoul Alonso brille par son expertise en formation de talents, ayant révélé et poli de nombreux joueurs stars en Espagne et en Allemagne. Son intervention sera précieuse pour nos entraîneurs locaux, via des ateliers et des échanges de bonnes pratiques, afin d’harmoniser les méthodes à tous les niveaux. L’objectif ultime ? Instaurer une chaîne de formation fluide, des U17 à l’équipe A, générant une dynamique positive qui irriguera l’ensemble du handball algérien, des clubs amateurs aux compétitions d’élite.
Quels seront les objectifs de la sélection nationale pour les prochaines années ?
Les Jeux méditerranéens seront le premier test grandeur nature, mais il faut rester lucide et patient. Le retard accumulé au fil des ans – dû à des instabilités internes et un manque d’investissements – ne s’effacera pas en un claquement de doigts ; cela exigera des mois, voire des années de labeur constant. Nous nous inscrivons dans un projet à moyen et long termes, avec des paliers progressifs. Les Jeux méditerranéens offriront un baromètre idéal pour jauger notre niveau actuel, identifier les forces et les faiblesses, et quantifier les avancées sous la houlette de Sanguino. Par la suite, d’autres milestones cruciaux pointeront, comme le Championnat du monde 2027 en Allemagne, un rendez-vous symbolique vu l’expérience d’Alonso dans ce pays. Notre ambition collective est de reconquérir, pas à pas, la place légitime du handball algérien sur les scènes continentale et mondiale, en visant podiums africains et qualifications internationales. Cela impliquera un travail acharné, une patience stratégique et une stabilité institutionnelle. Je suis profondément convaincu que, avec sérieux, continuité et l’apport d’Alonso, nous redeviendrons compétitifs face aux géants africains comme l’Égypte ou la Tunisie, et même au-delà.
Entretien réalisé par A. A.



