
La 5e étape du Tour d’Algérie 2026 a offert un véritable morceau de bravoure au peloton, avec une boucle de 132,2 kilomètres au départ et à l’arrivée de Mostaganem, en passant par la wilaya de Relizane.
Ce parcours sinueux et exigeant alternait portions roulantes propices aux vitesses élevées, reliefs abrupts demandant une puissance soutenue en grimpe, et de longues lignes droites balayées par un vent latéral tenace qui testait la cohésion des formations. Les coureurs ont ainsi dû composer avec des conditions variables, où la stratégie éolienne et la gestion des efforts dans les montées se révélaient déterminantes pour les positions finales. Au départ, 99 coureurs étaient encore en lice pour cette étape qui s’annonçait décisive, notamment en raison de ses deux difficultés majeures – un col de 2e catégorie et un autre de 1ère catégorie – et de son profil vallonné propice aux renversements de situation imprévisibles. L’atmosphère était électrique dès les premiers tours de roue, avec des équipes favorites positionnées aux avant-postes pour contrôler les menaces potentielles.
Très vite, la course s’est emballée… et le scénario s’est avéré spectaculaire, captivant les spectateurs massés le long des routes et les téléspectateurs suivant l’événement en direct.
Une échappée matinale audacieuse
Dès le 2e kilomètre, une échappée de cinq coureurs se forme avec Muhammed Abdurahmane (Jakarta Pro Cycling), Slimane Badlis (Khemis Miliana), Mohamed Dellai (Tunisie), Abdenour Sahraoui (El Kantara) et le Britannique Charles Lacaille (Schils Procycling). Ce quintet hétéroclite, mêlant talents locaux et internationaux, affichait une complémentarité évidente : des grimpeurs solides, des rouleurs endurants et un sprinteur opportuniste. Un groupe homogène et combatif qui prend rapidement une vingtaine de secondes d’avance, avant de creuser progressivement l’écart face à un peloton visiblement décidé à temporiser, peut-être pour préserver les forces des leaders en vue d’un sprint massif ou d’une contre-attaque ciblée. Les échappés roulaient à un rythme effréné, profitant des portions plates pour établir une marge substantielle, tandis que le bunch principal, regroupé en un bloc compact, observait sans réagir outre mesure dans les premiers instants.
Première ascension : Abdurahmane lance les hostilités
Au 30e kilomètre, le premier col de 2e catégorie, long de 2 kilomètres à une pente moyenne de 6%, vient récompenser les efforts des échappés. C’est l’Indonésien Muhammed Abdurahmane qui passe en tête, confirmant ses qualités de grimpeur aguerri, forgées dans les compétitions asiatiques relevées. Sa cadence fluide et son explosivité sur les rampes ont impressionné, laissant présager un rôle clé dans la suite de l’étape.
Il devance Slimane Badlis et Mohamed Dellai, tandis qu’Abdenour Sahraoui complète le classement. Ce passage marque déjà une première hiérarchie au sein du groupe de tête, avec Abdurahmane s’imposant comme le référent en montée, Badlis démontrant une résistance remarquable pour un coureur de plaine, et Dellai confirmant sa polyvalence tunisienne.
Une échappée qui prend le large
Au fil des kilomètres, les cinq hommes creusent l’écart de manière impressionnante, atteignant des pics de motivation collective qui les propulsent à des vitesses folles sur les faux-plats descendants. Leur avance culmine jusqu’à 4 minutes 46 secondes, mettant le peloton sous une pression intense et forçant les directeurs sportifs à recalculer leurs plans en bord de route. Au sprint intermédiaire du 50e kilomètre, Mohamed Dellai s’impose devant Sahraoui et Lacaille, tandis que Badlis reste dans le rythme, glanant des points précieux pour les classements annexes. Le deuxième sprint intermédiaire confirme la domination de l’échappée : Abdenour Sahraoui passe en tête, devant Dellai et Badlis. Une belle récompense pour les efforts des coureurs, notamment côté algérien, qui voient leurs représentants briller et ravir le public local par leur audace et leur panache.
Le col de 1re catégorie, tournant de l’étape
À 30 kilomètres de l’arrivée, le peloton aborde la principale difficulté du jour : un col de 1ère catégorie long de 5 kilomètres, avec des passages à 8-10% qui sélectionnent impitoyablement les plus forts.
Dans cette ascension décisive, Mohamed Dellai se montre le plus fort, franchissant le sommet en tête devant Abdurahmane et Badlis. Ce dernier continue de s’accrocher avec une détermination farouche, tout comme Lacaille et Sahraoui, qui puisent dans leurs dernières réserves pour ne pas décrocher. Mais derrière, la réaction du peloton est brutale, avec une accélération concertée qui fait voler en éclats les espoirs d’isolement.
Le retour du peloton et la fin du rêve
Après avoir longtemps laissé filer, le peloton, emmené notamment par les équipes de sprinteurs et du maillot jaune Yorben Lauryssen, accélère fortement, roulant en éventail pour contrer le vent et réduire l’écart à vive allure. L’écart fond progressivement : de plus de 4 minutes, il passe à moins d’une minute, puis à 40 secondes, dans une chasse impitoyable rythmée par les ordres criés des directeurs sportifs. À 10 kilomètres de l’arrivée, la jonction est inévitable… et elle se produit dans un spectacle de tension palpable. L’échappée, héroïque mais épuisée après plus de 120 kilomètres d’efforts solitaires, est finalement reprise après avoir animé toute la course, offrant un divertissement total aux fans.
Un sprint final explosif à Mostaganem
Comme attendu, l’arrivée se joue au sprint dans les rues animées de Mostaganem. Et dans cet exercice, le Belge Santy Arne se montre le plus rapide, lançant son démarrage parfait à 200 mètres et tenant bon jusqu’à la ligne. Il s’impose en 2h58min20s au terme d’une étape haletante, devançant l’Algérien Yacine Hamza, auteur d’une superbe performance pleine de culot, et le Sud-Africain Gustave Basson. Une victoire de prestige pour Arne, qui confirme la domination belge sur ce Tour, mais aussi une belle satisfaction pour le cyclisme algérien avec la deuxième place de Hamza, synonyme de podium historique.
Walim Mansouri.



