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Abdelmadjid Seddiki : « Je veux que l’Algérie soit fière de moi et reconnaisse mes sacrifices »

Entretien avec le champion du monde des vétérans (81 ans), 7e dan, et président de l’Union des judokas algériens en Europe (UJALE)

Né le 9 août 1945 à la Casbah d’Alger, fief de son club favori, le MCA, il a débuté la pratique du judo en 1958 au club royal JCC de Casablanca (Maroc). En 1962, il réussit le passage de ceinture noire 1er dan. 
En 1963, il signe au club de Bab El-Oued le SABO, sous la coupe des entraîneurs Arnold Roland et Mohamed Maâchou. Avec ce club, Seddiki remporte, en 1964, la Coupe de la ville d’El-Asnam (Chlef). Il est ensuite plusieurs fois champion d’Algérie, entre 1964 et 1970. Il est sélectionné en équipe nationale d’Algérie en 1970, et il participe à un stage de formation des ceintures noires à Alger, conduit par des experts japonais. En 1971, il participe aux Jeux maghrébins au Maroc, et poursuit sa progression en prenant part régulièrement aux différents stages de perfectionnement d’experts étrangers tels que Clinquemail, Roger Verne ou Nakamura. En 1972, il participe au stage et examen de passage de grade au Kodokan de Tokyo. En 1976, il obtient le grade de 3e dan, et en 1989, passage au 4e dan au Japon. En 2002, il obtient le 5e dan, toujours au Japon, avant de réussir avec succès le passage de grade du 6e dan en Suisse, en 2017, et en 2023 il obtient son 7e dan, toujours en Suisse. Résidant en France, il est aujourd’hui le président de l’Union des judokas algériens en Europe. Ce grand monsieur du judo, qui est un bel exemple pour les jeunes et un modèle de dignité et de passion, nous rappelle que l’âge n’est qu’un nombre.
Parlez-nous, pour commencer, de vos débuts dans le judo ? 
Ma passion pour le judo a commencé en 1958, à Casablanca. En 1962, je rentre au pays et signe une licence avec le club de Bab El-Oued le SABO, sous la coupe des entraîneurs Arnold Roland et Mohamed Maâchou. En 1963, je réussis le passage de ceinture noire 1er dan et, du même coup, je décroche le trophée de la Coupe de la ville d’El-Asnam (Chlef) en 1964…
Durant votre parcours, vous avez également occupé plusieurs fonctions …
Oui. Président de la Ligue d’Alger en 1972-1973, secrétaire permanent de la Fédération algérienne de judo (FAJ), organisateur des Jeux méditerranéens d’Alger en 1975, correspondant permanent pour l’Algérie de la revue Budo Magazine Europe entre 1972 et 1977, entraîneur à « American School » auprès de l’ambassade des USA en Algérie de 1970 à 1976, membre fondateur de deux sections de judo au sein de la Sonatrach (Caroubier et Saint Michel) en 1972, entraîneur et directeur technique du Judo Club ARD Alger de 1972 à 1977…
Vous avez également occupé des fonctions à l’étranger ?
Aussi. Membre de l’équipe dirigeante du Red Star Club de Montreuil (France) de 1980 à 1990, entraîneur bénévole à Montreuil (France) de 1989 à 1994, accompagnateur de l’équipe nationale d’Algérie féminine aux Jeux olympiques de Londres 2012 et de Rio de Janeiro en 2016, étudiant au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), directeur à Courtier Assurance Paris, ambassadeur pour l’Afrique de la World indépendant Budo Kai (WIBK)… Aujourd’hui, je suis président de l’Union des judokas algériens d’Europe (UJALE), à Paris.
Dans quelles circonstances et dans quel but avez-vous créé l’UJALE ?  
J’ai fondé l’UJALE dans le but de promouvoir le judo et de faire une passerelle entre l’Algérie, le Japon et la France. L’idée de créer cette association a germé lors d’un tournoi de Paris, qui a vu la présence d’un bon nombre de judokas algériens évoluant en Europe, et qui m’avaient sollicité pour leur encadrement au sein d’une association. Et comme je suis un fonceur, j’ai accepté sans réfléchir, malgré mes obligations professionnelles. Cette association a été donc créée le 6 août 2021. J’ai dû surmonter toutes les difficultés et comme je connais presque tous les judokas d’Europe et au regard de ma crédibilité, l’UJALE a pu voir le jour, et compte 100 adhérents à Paris et près de 1500 followers. Je suis également membre d’une association dénommée « Judo’S », dont le président est Kose Inoue, un des plus grands champions du japon. Une association qui récupère tous les kimonos du monde pour les offrir aux pays qui développent le judo.
Un commentaire sur votre titre de champion du monde des vétérans, décroché en Suisse à l’âge de 79 ans ?
Malgré mon âge, qui n’est pas du tout un handicap, j’ai abordé cette compétition mondiale consacrée aux vétérans, organisée par la World Indépendant Budo Kai (WIBK) en Suisse, en toute confiance. Arriver à un certain âge, on ne combat plus avec le physique, mais avec les techniques et le mental.  J’ai combattu dans la catégorie des plus 70 ans et je suis heureux d’être toujours sur mes pieds. J’ai déjà eu l’occasion de remporter le titre mondial en 2017 et en 2023. Il n’y a pas de secret à cela, mais seulement, il faut croire en soi et en ses capacités. Cette manifestation sportive mondiale, qui rassemble les meilleurs judokas, dont des masters, est l’un des événements annuels les plus importants en Suisse. L’Algérie y prend part chaque année avec des judokas.
Quel est votre regard sur le judo algérien actuellement ?
Je suis peiné de voir le judo national dans cette situation de régression. Cela dit, on peut y remédier, en cherchant des gens compétents et en renouvelant les instances. Le judo a besoin de d’hommes d’expérience, il suffit d’avoir de la volonté. Je lance un appel aux hautes instances sportives pour que le judo soit remis entre de bonnes mains, afin qu’il puisse retrouver ses lettres de noblesses.
Un mot pour conclure ? 
Tout ce que je fais, c’est pour l’Algérie, je n’ai aucune subvention et je puise de mes deniers personnels pour faire tourner l’association. Je suis fils de chahid et je veux simplement que l’Algérie soit fière de moi et reconnaisse au moins mes sacrifices.
Propos recueillis par Sadek B. 

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