
Dans un contexte de fortes tensions autour des nouvelles règles 2026, Stefano Domenicali monte au créneau. Dans un entretien accordé à Autosport, le président de la Formule 1 assume une transformation majeure du sport, tout en appelant à la patience face aux critiques croissantes, notamment sur les dépassements jugés « artificiels ». Le dirigeant italien rappelle d’abord que ces changements ne sont pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe des attentes des constructeurs formulées il y a plusieurs années. À l’époque, l’avenir semblait résolument tourné vers une hybridation accrue, avec un équilibre entre thermique et électrique.
Une orientation aujourd’hui confirmée par l’industrie automobile, qui privilégie désormais des moteurs hybrides alimentés par des carburants durables. Cette révolution technique se traduit par une refonte profonde des monoplaces : moteurs hybrides à répartition quasi équivalente entre énergie électrique et combustion, aérodynamique active, disparition du DRS remplacé par un « overtake mode » et gestion énergétique omniprésente. Ces évolutions imposent un nouveau style de pilotage, davantage basé sur la stratégie et l’optimisation de l’énergie que sur l’attaque pure, ce qui alimente les critiques de plusieurs pilotes. Face à cette contestation, Domenicali adopte une ligne claire : il faut juger sur la durée et non dans la précipitation. Il insiste sur le fait que la F1 a toujours évolué par cycles réglementaires parfois contestés avant d’être assimilés.
Dans cette logique, il rappelle que les dépassements facilités par des systèmes techniques ne sont pas une nouveauté, évoquant notamment l’ère turbo des années 1980 pour relativiser les critiques actuelles. Sur le plan opérationnel, des ajustements sont déjà à l’étude. Des réunions techniques entre la FIA, les équipes et les motoristes sont en cours pour affiner certains paramètres, en particulier sur la gestion de l’énergie, la lisibilité des qualifications et la sécurité. L’accident spectaculaire d’Oliver Bearman à Suzuka a d’ailleurs accéléré la réflexion, mettant en lumière certaines limites du nouveau règlement et la nécessité d’interventions ciblées sans remettre en cause l’architecture globale. Domenicali se veut toutefois rassurant : l’objectif reste de préserver l’ADN de la discipline, avec des courses spectaculaires et des opportunités de dépassement accrues. Il n’exclut pas des corrections rapides si nécessaire, mais refuse toute remise en cause globale dictée par l’émotion ou la nostalgie. En filigrane, c’est bien une nouvelle philosophie de la Formule 1 qui se dessine : plus technologique, plus stratégique, mais toujours orientée vers le spectacle. Un pari assumé par son président, qui mise sur l’adaptation progressive des pilotes, des équipes… et du public.
Djaffar KHODJA



