Tennis : Hakim Fateh, Président de la LOT et arbitre international :

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Hakim Fateh, Président de la LOT et arbitre international :

«C’est un honneur d’arbitrer à Roland-Garros »

Propos recueillis par : Sadek Belkheir

 

L’arbitrage algérien est de nouveau à l’honneur au plan mondial. En effet, la Fédération française de tennis (FFT) vient de faire appel aux services de Hakim Fateh pour faire partie du corps arbitral du prochain tournoi de Roland-Garros.

 

L’actuel président de la Ligue Oranaise de Tennis (LOT) et arbitre international détenteur du white badge (Badge blanc), Hakim Fateh, a été retenu par la Fédération française de tennis (FFT) pour faire partie des 59 arbitres étrangers appelés a officier lors de la prestigieuse compétition internationale de Roland Garros, qui se déroulera du 21 mai au 10 juin prochains. Une première et un honneur pour M. Fateh, un « habitué », comme il le duit lui-même, d’un autre tournoi de haut niveau tout aussi prestigieux que le « French Open », à savoir Wimbledon. Toujours aussi disponible, le président de la LOT répond à nos questions.

 

Comment avez-vous été désigné pour officier à Roland Garros ?

 

Tout d’abord, je dois dire que je suis arbitre international depuis 2004. La Fédération internationale de tennis (ITF) a les adresses e-mails de tous les arbitres qui ont un diplôme délivré par ses services. L’ITF met également à notre disposition un portail électronique pour nous inscrire et pour recevoir des informations concernant l’arbitrage. Personnellement, j’ai déjà eu l’occasion d’officier à sept reprises à Wimbledon. Pour Roland Garros, je m’inscris depuis 2001 en espérant être désigné un jour pour cette prestigieuse compétition mais en vain. Je n’ai jamais désespéré ou baissé les bras, et, cette année, mon rêve s’est concrétisé, avec cette sélection parmi les 59 arbitres appelés à diriger des matchs à Roland Garros.

 

Les désignations se font sur quelles bases ?

 

Il faut d’abord savoir que les quatre tournois du Grand Chelem sont gérés par les fédérations nationales concernées par les tournois majeurs. Il y a la Fédération australienne pour l’Open d’Australie, qui est la première levée du Grand Chelem, la Fédération française pour Roland Garros, celle d’Angleterre pour Wimbledon, et enfin celle des Etats-Unis pour l’US Open. Les désignations se font sur la base d’un système dit d’application dans le jargon de l’arbitrage international. En fait, c’est une demande que l’arbitre adresse à la fédération du tournoi auquel il souhaite prendre part, en tant que juge de ligne ou arbitre de chaise. Comme il y a environ 2000 officiels internationaux badgés, la concurrence est très rude. Le comité d’organisation du tournoi fait alors le tri en collaboration étroite avec la Fédération internationale, en accordant la priorité à ses propres arbitres badgés. Cette année, je fais partie des 59 arbitres définitivement retenus pour Roland-Garros sur environ 1000 demandeurs. C’est une première formidable pour moi et pour l’arbitrage algérien. Mon collègue, Kamyl  Aoudia, a été le premier Algérien à officier par le passé à Roland Garros, mais c’était sur le quota national du fait qu’il était licencié dans une ligue française.

 

En ce qui vous concerne directement, cette désignation répond à quoi ?

 

Elle est l’aboutissement d’un travail de fond fait depuis des années dans le cadre de la  formation des arbitres lancée par la Fédération algérienne dans les années 1990, sous la présidence du Dr Mohamed Bouabdallah. Par ailleurs, au niveau de l’arbitrage, nous sommes très bien organisé. Nous suivons un programme de formation et, en même temps, nous  préparons la relève. Somme toute, on transmet toutes nos connaissances, pour la continuité et pour le développement de l’arbitrage qui est un pilier important du tennis.

 

Qu’avez vous ressenti, après avoir pris connaissance de votre désignation ?

 

Un grand honneur et de la reconnaissance. Cela prouve qu’il existe un corps arbitral compétent en Algérie. Nos jeunes qui s’intéressent à l’arbitrage seront motivés au même titre que les pratiquants pour s’impliquer davantage dans ce sport. J’espère de tout cœur que cela incitera les autorités sportives et locales concernées à donner plus de moyens au tennis. Je saisis cette occasion pour lancer un appel à ces autorités pour solliciter leur soutien dans l’organisation de tournois internationaux.

 

C’est un sujet qui vous tient à cœur, apparemment ?

 

Sans des compétitions internationales fréquentes organisées chez nous, il n’est pas possible d’espérer progresser, aussi bien au niveau des joueurs, qui ont besoin de se confronter à des joueurs étrangers de qualité, qu’à celui des arbitres. Ces derniers sont pratiquement toujours en formation. C’est à ce niveau d’ailleurs qu’il faut les aider pour leur permettre de gravir les échelons. Il y a quatre paliers dans l’arbitrage mondial : or, argent, bronze et blanc. Les arbitres algériens sont au nombre de 4 dans le quatrième palier (white badge) et deux dans le troisième (bronze badge). C’est insuffisant. Et pour passer d’un palier à l’autre, il faut de l’argent et beaucoup de tournois.

 

Sur ce plan, vous n’êtes pas satisfait ?

 

Je le dis tout net : le tennis n’est pas soutenu comme il le devrait. Un exemple parmi tant d’autres : depuis ma nomination à la tête de la Ligue d’Oran, en octobre dernier, je n’ai cessé de solliciter les autorités locales pour la réfection des courts afin que nos jeunes s’entraînent dans de bonnes conditions et que l’on puisse organiser de manière décente des tournois internationaux. Je n’abdiquerai jamais et je me battrai jusqu’au bout. Comme j’ai attendu 13 ans avant d’être désigné pour Roland Garros. Quand je pense que l’on donne des milliards aux footballeurs, avec zéro résultat, c’est aberrant.

 

Quel est le rôle de la commission d’arbitrage de votre fédération ?

 

La commission nationale d’arbitrage n’a jamais été stable ou réalisé un travail selon les normes .En principe, il doit y avoir une commission qui s’occupe des désignations des officiels et des compétitions nationales et régionales et surtout du suivi administratif des arbitres. Malheureusement, ce travail ne se fait pas. En conséquence, on doit se débrouiller à titre personnel. Ce n’est pas toujours évident.

 

Il y a combien d’arbitres internationaux ?

Nous sommes six : Kamyl Aoudia, Tarek Safer, Amine Mohatet, Abderrahmane Chérifa, Nazim Belasri et moi-même.

 

Une conclusion ?

 

La formation et le retour des compétitions internationales à Oran sont mon cheval de bataille.  Mais, pour l’heure nous sommes dans l’attente de l’AG Elective. Nous sommes très heureux  d’avoir un candidat à la présidence aussi expérimenté que le Dr Mohamed Bouabdallah. Il est très respecté chez nous et dans les instances internationales. C’est d’ailleurs sous sa présidence que le corps arbitral a pris son essor en 1990. Permettez-moi enfin de remercier tous les responsables algériens qui m’ont aidé dans ma carrière, et, à l’étranger, l’Anglais Mike Morrrissey, qui a mis en place l’arbitrage professionnel, l’Egyptien Hany  Khafief, et le regretté arbitre international tunisien, Moez Snoussi. Tous mes remerciements également à Franck Sabatier, le chef des arbitres à Roland-Garros, qui me fait confiance. Je ferai tout mon possible pour représenter dignement mon pays dans un tournoi aussi prestigieux.