TENNIS: Entretien avec le président du Midoun Tennis Academy

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Entretien avec le président du Midoun Tennis Academy

Zine El Abidine Midoun :

«Fédérer le tennis algérien derrière un seul but»

Propos recueillis par Amel Bouazza

Voulant jeter plus de lumière sur un club de tennis, nous sommes allés à la rencontre du président du « Midoun Tennis Academy ». Il nous a ouvert ses portes, et nous a accordé cet entretien pour nous faire part de son rôle, des difficultés rencontrées et les objectifs auxquels il aspire.

Zine El Abidine Midoun, président du Midoun Tennis Academy, a tenu en premier lieu à revenir sur les débuts de son club et les raisons qui l’ont poussé à le créer et qui sont prioritairement liées à «l’amour du pays». Il dira d’ailleurs à ce sujet : «Mon frère Chems-Eddine Walid et moi sommes nés en Algérie, mais nous avons quitté le pays durant la décennie noire dans des circonstances particulières. Depuis notre plus jeune âge, on a été directement tourné vers le sport, et ce grâce notamment à notre père, qui était un passionné de sport, toutes disciplines confondues».

Donc, en 2006, l’Academy voit le jour …

 

«Notre Academy a vu le jour en 2006. Depuis, nous pouvons compter un total de quelque 500 adhérents qui sont passés sur nos courts. Bien évidement, nous ne pouvons pas garder tout le monde car notre politique est très claire. Pour nous en effet, la discipline est très importante. Faire du sport ne veut pas dire faire ce qu’on veut, on pratique le sport pour  s’épanouir, pour se développer et être discipliné. Mais il faut dire que nous n’avons pas trop le choix et que nous ne pouvons pas garder tout le monde car nous n’avons que deux courts, et  trois mini-tennis qui ont été créés cela fait  quatre ans. Nous disposons également du matériel nécessaire, qui est assez disponible en Algérie. Quant à nos terrains, ils sont en terre battue car cela permet au joueur de développer sa technique.

J’ai créé le club avant tout pour des raisons patriotiques. Au début, j’étais venu voir la Fédération car mon projet était de travailler avec eux vu que le projet en question était largement faisable dans un complexe comme celui du 5-Juillet. J’avais souhaité rencontrer M. Amari, l’ancien vice-président de la Fédération, mais ce dernier n’avait pas accepté de me recevoir. Nous sommes donc retournés en France  pour nous perfectionner et on s’est dit, mon frère et moi, qu’on pouvait monter une Academy en Algérie. Et c’est comme ça que notre club a vu le jour».

« Le tennis, un sport de guerriers »

 

M.Midoun a tenu à mettre en exergue le fait que le tennis est un sport basé sur la «combativité», chose que beaucoup de gens ignorent encore. Il dira d’ailleurs à ce sujet : «C’est vraiment dommage qu’en Algérie, les gens ne se rendent pas compte de l’effort mental et physique que nécessite la pratique de cette discipline sportive. De grands joueurs comme Nadal, Federer ou encore Djokovic sont en train de véhiculer une autre image du tennis. En effet, ce n’est plus celle d’un sport de riches ou d’un sport élitiste où tout le monde doit être propre et habillé en blanc. C’est beaucoup plus l’image d’un guerrier que les gens aperçoivent quand ils voient la carrure des joueurs. Notre philosophie est donc d’apprendre à nos enfants la combativité car quand, on joue au tennis, si on n’est pas fort mentalement, on se fait écraser.»

 

«Quand on veut, on peut»

 

Pour M.Midoun, le plus important reste la volonté qui est au cœur de toute réussite. C’est d’ailleurs là-dessus qu’il tentera le plus de mettre le doigt tout au long de l’entretien. «Il faut dire que nous sommes partis en Espagne dans le but d’apprendre et d’avoir un bagage professionnel. Nous avons également eu l’occasion de voir la formation française, mais elle ne nous a pas trop plu car elle  évolue dans le mauvais sens. Quand on voit que les Français n’ont qu’une seule représentante dans le classement mondial, alors que la Fédération française de tennis est l’une des plus puissantes, avec un budget de plusieurs millions d’euros, sans oublier des structures de taille comme celles de Roland-Garros, qui brassent des centaines de milliards. De plus, les Français ont un million et demi de licenciés et cinq millions de joueurs. Tout cela pour dire que ce n’est pas qu’une question de moyens ou d’infrastructures, mais il s’agit beaucoup plus de volonté. Un complexe comme celui du 5-Juillet peut être un excellent endroit pour la formation. Ce qu’il nous reste à faire est de nous réunir et d’arrêter de se tirer dessus en de se lançant des critiques et en se faisant des reproches.»

«Un joueur est l’expression d’un pays»

 

Estimant que chaque joueur doit être le produit, l’expression de son pays, M.Midoun estime que les joueurs algériens ne doivent pas être formés ailleurs qu’en Algérie : «Avec mon frère, nous sommes contre l’idée d’expatrier nos joueurs afin qu’ils soient formés à l’étranger. Cela doit se faire ici chez nous, car  les étrangers  ne nous donneront jamais les meilleurs éléments. Ils vont en effet nous donner les moins bons pour garder les plus forts pour eux. Et c’est de bonne guerre. Il y a une notion qui est en train de se perdre chez nous et selon laquelle le sport, c’est fait d’abord pour représenter un pays. Un sportif étant un produit, il  est donc le produit d’un pays.»

 

«Nous ne pouvons réussir en calquant des modèles étrangers»

 

« Pour réussir, nous devons éviter de calquer ce qui se fait ailleurs car il faut prendre en compte le fait que notre pays soit culturellement différent des autres. Par conséquent, il nous faut adopter une stratégie qui nous soit propre et mettre les moyens derrière. Calquer la méthode française n’est pas la bonne solution. J’estime que M. Abdelhalim Azzi, l’actuel président de la Fédération algérienne de tennis, est une personne très qualifiée, cependant,  il ne peut pas travailler dans l’environnement dans lequel il est. Je suis du tennis, et quand je parle avec une personne qui s’y connaît, je la reconnais tout de suite. Donc pour moi, c’est une personne passionnée et déterminée, mais il a besoin d’une bonne équipe derrière lui.»

«Des portes ouvertes pour faire connaître le club»

 

Abordant le volet promotionnel, ainsi que les actions qu’entreprend le club pour se faire connaître, mais aussi vulgariser la discipline, M.Middoun a tenu à indiquer : «Effectivement, dans le but de promouvoir la discipline ainsi que nos activités, nous organisons des journées portes ouvertes à l’intention des élèves avec des écoles aussi bien publiques que privées. Nous avons également un site internet à travers lequel nous essayons de renseigner les gens sur notre club, même si j’avoue qu’il n’est pas actualisé, vu qu’en plus de présider aux destinées du club, je suis également entraîneur et je n’ai donc pas beaucoup de temps pour m’en occuper. Cependant, je ferai en sorte de mettre une équipe spécialement pour le gérer.»

«Fédérer le tennis algérien derrière un seul objectif : les enfants»

 

Pour conclure son propos, M.Middoun a tenu à nous faire part des ses objectifs et ambitions. C’est avec beaucoup de sérénité mais en se montrant plus déterminé que jamais, que ce dernier a déclaré : «Mon plus grand rêve et objectif serait de former et de produire des joueurs de haut niveau, capables d’intégrer le Top 10 mondial mais aussi de remporter l’un des tournois du Grand Chelem. Quoique  personnellement, je choisirais celui de Wimbledon car c’est le plus ancien et surtout le plus prestigieux. Donc, si l’on veut marquer les esprits, il faudra le remporter. Nous avions également tenté de développer une section tennis pour handicapés,  mais nous ne sommes malheureusement pas arrivés à le faire. Néanmoins, je suis déterminé à concrétiser ce projet tôt ou tard. Pour finir, je dirais que le plus important pour nous reste de fédérer le tennis algérien derrière un seul objectif, à savoir : les enfants. Il faut arrêter de s’occuper de ses intérêts et penser plus à cette jeunesse qui constitue une tranche importante de la société, mais aussi son avenir».

La seconde partie de notre article sur le « Midoun Tennis Academy » sera consacrée demain à Inès Ibbou, une future championne.