TENNIS : Novak Djokovic : « C'est aussi le trophée de Becker »

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Après son triplé à Wimbledon

Novak Djokovic : « C'est aussi le trophée de Becker »

La collaboration entre Boris Becker et Novak Djokovic a connu bien des remous depuis un an et demi. Mais derrière la troisième victoire du Serbe à Wimbledon (Londres), l’apport de Boum-Boum reste indéniable.

"Boris, je t’aime !". Ce n’est pas une déclaration d’amour passionnée. Juste un moment de reconnaissance d’un joueur à son coach. En 1985, Boris Becker gagnait le premier de ses trois titres à Wimbledon. Trente ans plus tard, c’est son protégé, Novak Djokovic, qui savoure un triplé sur le gazon londonien. Un succès que le Serbe a tenu à partager particulièrement avec son entraîneur allemand qui fait partie de sa garde rapprochée depuis décembre 2013 : "C’est son trophée autant que le mien."

Si Marian Vajda, le coach de ses débuts, est toujours là, c’est "Boum-Boum", surnom qu’on lui donnait à l’époque où ses services-volées faisaient ravage, qui a récolté les remerciements publics du nonuple vainqueur en Grand Chelem. Cette dédicace est loin d’être anodine. Pour beaucoup d’observateurs, Becker est arrivé dans la carrière de Djokovic comme un cheveu sur la soupe. Il n’avait aucune expérience en la matière et avait plus une réputation de joueur de poker endetté jusqu’à l’os qu’une capacité reconnue à donner un nouvel élan à la carrière du Serbe. Procès d’intention qu’Ivan Lendl avec Andy Murray ou que Stefan Edberg avec Roger Federer n’ont jamais eu de la sorte.

Un an et demi de collaboration

Après un an et demi de collaboration, le constat est là : Djokovic brille de nouveau de mille feux et vient de s’offrir un doublé à Wimbledon (c’est-à-dire deux titres coup sur coup), que seuls Roger Federer et Pete Sampras avaient été capables de réaliser sur les 25 dernières années.

Aussi fort soit-il, le Serbe n’aurait sans doute pas été capable de le réaliser sans Boris Becker. Son apport s'est surtout remarqué dans sa capacité à rester hyper concentré. L'Allemand témoignait ainsi: "Intérieurement, j'étais un volcan, mais à la vue de tous, je restais le plus posé possible." Phrase qui devait résonner dans la tête de Djokovic lors de la quinzaine : dans les moments importants de ses matches, le numéro un mondial a fait preuve d'un extrême sang-froid et d'une redoutable efficacité.

La bonne alchimie

Cela s'est vu de façon flagrante dans sa gestion des trois derniers sets face à Kevin Anderson en huitième de finale, et également en finale face à Federer lorsqu'il a empoché le premier set contre le cours du jeu et calmé les ardeurs de son adversaire prêt à appuyer sur le champignon dans le troisième set. Et c'est notamment côté service, arme suprême sur gazon, que le Djoker a également fait un pas de géant en ayant une précision chirurgicale sur ses premières balles lorsqu'il a fallu effacer 6 balles de break sur 7.

"Nous avons effectué un long chemin, depuis que nous travaillons ensemble, a souligné Djokovic après sa victoire en finale. Et il a fallu du temps pour que nous nous comprenions tous les deux. Je suis Serbe, il est Allemand, donc il y a des différences significatives. Mais nous avons finalement trouvé un terrain d’entente et la bonne alchimie." A lire entre les lignes, tout n’a pas été parfait tout de suite. Avant que Nole ne gagne Wimbledon 2014, le Serbe sortait d’une période frustrante : il n’avait plus gagné le moindre titre en Grand Chelem depuis un an et demi (Melbourne 2013).

Des vestiaires remplis de sceptiques et de critiques

Au moment où Becker le rejoint, il restait sur deux défaites en finale à Londres et New York. Et le fruit de leur travail a mis un certain temps à mûrir. En manque flagrant de confiance, Djokovic a perdu son titre à Melbourne début 2014, puis sa deuxième finale à Roland-Garros face à Rafael Nadal. Son deuxième titre à Londres en 2014 est arrivé à point nommé pour éviter une crise plus profonde. Et relancer la machine qui n’attendait qu’une étincelle pour repartir de plus belle.

"Je pense que sa défaite à Melbourne en 2014 nous a rendus plus fort, avait confié Becker il y a un an après la victoire à Wimbledon. Cela nous a fait réaliser que nous faisions la bonne route, que la seule façon de calmer tout le monde était de recommencer à gagner et c’est ce que Novak a fait. Si vous entraînez un joueur comme Djokovic, vous attendez la perfection. Le meilleur. Les vestiaires sont remplis de sceptiques et de critiques qui ne veulent pas que notre relation fonctionne. Aussi nous avons dû passer à la vitesse supérieure. Et cette victoire a mis un terme aux discussions."

Un moment très pénible à Roland-Garros

Malgré cela, Becker est toujours montré du doigt. Si la défaite à l’US Open 2014 face à Kei Nishikori est mal passée, celle en finale de Roland-Garros 2015 face à Wawrinka lui a quasiment été imputée, si l’on croyait les dires de Bogdan Obradovic, capitaine serbe de Coupe Davis, quelques jours après : "L'attitude de Becker ne m'a pas plu. Quand Novak a commencé à perdre, le visage de Boris était triste et il semblait même parfois désintéressé. Il n'a pas réagi comme il fallait et n'a pas assez soutenu Novak. Je connais Novak et je sais que, quand il est en difficulté, il a besoin du soutien de son clan. L'Allemand ne l'a pas assez motivé, c'est évident!".

Comme un écho à cela, le numéro un mondial n’a pas hésité à souligner l’implication de Boris Becker lors de la victoire londonienne il y a deux semaines. "Dans le vestiaire, mon équipe et moi avons repassé les moments par lesquels nous sommes passés pour mieux savourer ce que nous avons accompli. La défaite à Roland-Garros a été un moment très pénible mais nous avons réussi à rebondir mentalement en gagnant ce trophée qui le rend encore plus grand. Et dans les moments difficiles, Boris a toujours été là, comme mon équipe, pour me supporter. Cette unité rend ces moments encore plus beaux."

Quelques jours avant Wimbledon 2015, Becker avait pourtant fait grincer quelques dents lorsqu’il avait avoué à la radio utiliser quelques signes spéciaux pour communiquer avec son joueur sur le court, alors que le règlement interdit strictement le coaching pendant les matches. Ce à quoi le Serbe a rétorqué : "Ce sont juste des gestes d’encouragement. Avec toutes les caméras qu’il y a autour de nous, vous remarqueriez rapidement s’il me disait de faire un service kické, un slice, un revers ou un coup droit. Les juges et les superviseurs sont là pour interpréter si nous enfreignons ou non les règles." Cela avec un grand sourire. Que ce soit sur le court ou en dehors, Djokovic a réponse à tout.