TENNIS : " Mon rêve, c'était de pouvoir faire du sport toute ma vie "

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Roger Federer  se confie :

" Mon rêve, c'était de pouvoir faire du sport toute ma vie "

Le N 2 mondial, Roger Federer, avait ce désir lorsqu'il était enfant. Et maintenant qu'il a tout gagné, que veut-il ? Une vie simple avec sa famille, encore des titres et des émotions comme celle de son sacre à Roland-Garros en 2009.

À deux jours du début du tournoi 2015, il s'assoit dans la petite salle de presse de Roland-Garros. Du côté « journalistes », pour papoter plus tranquillement. Roger Federer (33 ans) n'a pas envie d'évoquer pour la énième fois le tableau, le niveau de Rafael Nadal ou celui de Novak Djokovic....Alors, pour L’Equipe, on lui parle de rêves et le Suisse se prend au jeu. Il finit même en retombant en enfance.

Vous faites rêver des millions de gens. Et vous, à quoi rêvez-vous ?

Professionnellement, à vivre des moments forts sur un terrain de tennis. Quand j’ai débuté, j’espérais juste faire carrière. Maintenant, c’est de profiter au maximum de ma fin de carrière, resté tout en haut du classement pur me créer des occasions de gagner des tournois. Mais mes rêves concernent surtout ma famille : voir comment vont se présenter les vingt prochaines années.

Ne rêvez-vous pas d’une vie normale de temps en temps ?

Bien sûr ! J’aime bien les moments où je me promène pendant des heures avec ma famille, ou tout seul, quand personne ne me reconnaît. C’est possible, mais c’est rare. Je rêve de ça, mais je ne me plains pas, car ma vie me va très bien. J’arrive à passer beaucoup de temps avec ma femme et mes enfants. Je peux encore m’entraîner et jouer tous les tournois que je veux. Je fais des sacrifices, mais ce ne sont pas des sacrifices qui me coûtent.

Le rêve a-t-il un moteur dans votre carrière ?

Je ne sais pas. (Il réfléchit). J’ai plus espéré que rêver. Le rêve, c’était de gagner Wimbledon ou d’atteindre la place de numéro 1 mondial. Quand j’étais tout petit, mon rêve c’était de pouvoir faire du sport toute ma vie. J’avais ce rêve ? Mais ce n’était pas atteignable. Je ne pensais jamais être aussi fort qu’un Becker, un Edberg, un Sampras. Le côté « jeu, set et match, j’ai gagné Wimbledon et j’étais à genoux », je l’ai fait. Mais je n’ai jamais pensé que ça puisse être une réalité. Et, honnêtement, je n’avais jamais pensé arriver aussi loin. A 17 ou 18 ans, j’ai vu que j’arrivais à gagner des sets contre des joueurs pros. Je me disais que je n’étais peut-être pas loin.

Avant une grande finale, vous est-il arrivé de rêver du match ?

Oui, mais c’est plutôt de la visualisation. Par exemple, tu visualises la balle de match, mais tu as toujours peur de penser trop loin, car il faut respecter le moment, l’adversaire et la situation. Tu peux être bien, car tu as l’impression de l’avoir déjà vécu. Il faut alors se concentrer sur une seule chose : comment je vois les choses ? Est-ce que je me vois plutôt gagner ou plutôt perdre ? Parfois, la tête tourne tellement pendant que tu joues. En fin de math, ça peut aller jusqu’à te demander ce que tu vas expliquer, su tu perds ou si tu gagne, ou comment tu vas célébrer ta victoire. On est humains.

La tête vous tourne encore aujourd’hui ?

Oui, même si ça m’arrivait plus souvent lors de mes premières finales. Aujourd’hui, je suis un peu plus calme et je me concentre point par point. Mais il y a des émotions qui remontent. A la fin, tout se passe dans la tête. Alors, tu cours, tu respires et tu joues. C’est là où ça se complique. Quelquefois, ça te fait beaucoup mieux jouer. D’autres fois, ça te bloque à un certain degré. Ça m’est arrivé par exemple en 2009. Ici, ce n’est pas si loin. Quand je me suis levé de ma chaise pour aller servir pour le match et pour le titre (face à Robin Söderling), j’avais les larmes aux yeux et je me suis dit : « C’est maintenant que je vais gagner Roland-Garros », tout en sachant que le match pouvait encore tourner. Je ne pouvais plus contrôler mes émotions. Il m’est arrivé la même chose avec la Coupe Davis (à Lille en novembre contre la France). Je savais qu’on allait gagner quand j’ai servi pour le match à 5 -2 (contre Gasquet). Je me suis vu avec tout le monde qui se saute dessus lors des deux derniers changements de côté. J’étais dans le tunnel. Ça ne se voyait pas mais j’étais partout mentalement.

Y-a-t-il quelqu’un que vous rêveriez de rencontrer ?

Non, pas vraiment. Bizarrement, ce n’est plus le cas. C’est peut-être parce que j’ai rencontré beaucoup de gens, j’ai vu beaucoup d’endroits, rencontrer les gens importants, c’est forcément un privilège, j’aime beaucoup, c’est méga intéressant, mais ce n’est pas un rêve.

Contre qui auriez-vous rêvé de jouer ?

Toutes mes idoles, comme Becker et Edberg. Sampras, je l’ai fait. Avec du recul, il y a aussi toutes les générations McEnroe, Borg, Laver, Rosewall. Si je devais en choisir un, ce sera plutôt Becker ou Edberg parce que, Laver, je ne l’ai jamais vu jouer.

Y-a-t-il un coup que vous rêveriez de faire ?

Le revers à deux mains ! Pour moi c’est le coup impossible (il en a pourtant frappé un, par réflexe en début de tournoi…) ça me fait mal à la poitrine du côté gauche ce n’est pas du tout naturel. J’en mets à peine deux dans le court (rires). Ca me fascine de voir comment les joueurs le font. Je rêve d’avoir ce revers, mais je sais que ce n’est pas possible. J’aimerais bien avoir le revers à deux mains d’Agassi.

Si vous fermez les yeux, comment rêveriez-vous votre dernier match ?

Ça doit forcément être une finale et il faut gagner le titre (sourire). Battre quelqu’un, c’est super, mais ce sont les titres qui m’intéressent. Le tableau, c’est le tableau. Peu importe l’adversaire. Je vois Wimbledon ou l’US Open. Si je peux choisir, je prends Wimbledon. J’ai le break et je sers pour finir. Un classique avec un petit service gagnant, ça m’ira très bien (rire).

Il n’y a pas un truc de dingue, comme jouer sur la Lune ?

Non (rire). J’ai une vie assez « crazy » dans le bon sens. J’ai juste envie d’une vie simple. Je reviens à la base des choses, comme avoir plus de temps.

Votre Roland-Garros de rêve ?

2009, c’était le rêve, avec le public derrière moi et le drame sur quatre ou cinq matches (il avait été mené deux sets à zéro contre Tomy Haas en huitième, puis deux sets à un contre Juan Martin Del Potro en demies). Le refaire encore une fois, revivre ces émotions, lever encore une fois la Coupe des Mousquetaires, ce serait clairement le rêve. Je me suis bien préparé, j’espère encore y arriver un jour. Je suis là pour ça. Je ne suis pas là pour simplement jouer au tennis. Forcément, j’espère faire du spectacle, être ici le plus longtemps possible pour savourer le moment et faire des grands matches.

Source : L’Equipe.fr