TENNIS : Wawrinka : le 4ème set du bonheur !

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Tournoi de Roland-Garros

Wawrinka : le 4ème set du bonheur !

La finale de l’édition 2015 du tournoi de Roland-Garros, seconde levée du Grand Chelem, a donné lieu à une énorme surprise. Le Suisse Stanislas Wawrinka a déjoué tous les pronostics en battant le Serbe Novak Djokovic en quatre manches : 4-6 6-4 6-3 6-4, après 3h19’ de jeu.

De notre envoyé spécial, Omar Aït Ouméziane

Le suspense le plus haletant  du monde ne peut venir, finalement, que du sport, dont la glorieuse incertitude est le plus grand stimulant qui soit. Surtout pour les supposés plus faibles qui croient dur comme fer en leurs propres chances, et ce, quelque soit la montagne à escalader. Numéro 1 mondial, que personne n’a le courage de contester, joueur au talent fou, le Serbe Novak Djokovic n’a, pourtant, lui, le joueur aux huit titres du Grand Chelem, jamais gagné Roland-Garros, la seconde levée des quatre tournois majeurs de l’année (avec l’Open d’Australie, Wimbledon et l’US Open). Et ce n’est pas en 2015 qu’il comblera cette « lacune » qui fait, maintenant, un gros trou dans un palmarès  où il y a encore des lignes à remplir avant la retraite. Ceci pour dire qu’une finale perdue, même à Paris, n’est pas la fin du monde pour un joueur comme Novak Djokovic. Des coups durs, il en a eu dans sa vie, avec une enfance perturbée gravement par la guerre, dans son pays. Le Serbe orgueilleux saura se relever. Au fait, pourquoi tout ce préambule ? Pourquoi parler d’abord du perdant alors qu’en général, il n’y en a que pour le vainqueur ? Parce que la surprise est énorme. Tout était préparé pour une fête grandiose, avec Djokovic en star adulée. Et tout est tombé à l’eau. A cause d’un Suisse, pas si petit du tout : Stanislas Wawrinka. Celui que la presse surnomme le « massif vaudois ». Massif, « Stanimal » l‘est, assurément. Ceux qui ne le savaient pas encore, ont reçu le message.

Un match de toute beauté

Quel match, l’outsider du jour a fait devant le public du central Philippe-Chatrier, peut être le plus versatile qui soit ! En effet, ceux qui applaudissaient du bout des doigts, Djokovic, lors de sa demi-finale disputée face au Britannique Andy Murray, qui l’ont même parfois sifflé, se mettent à scander « Nole ! Nole ! Nole ! », quand le number one donne la leçon dans la première manche enlevée sur la marque de 6-4. Et, tout d’un coup, comme sous l’effet d’une baguette magique, un Merlin l’Enchanteur, surgi de nulle part, change radicalement les données de la seconde levée des quatre tournois majeurs.  Les seuls qui comptent vraiment pour les champions qui veulent laisser une trace dans l’histoire du tennis. On assiste alors à des rallyes de fond de court, tout simplement ahurissants, avec des coups époustouflants, qui sortent nettement de l’ordinaire des besogneux de la terre battue. Des échanges d’une puissance et d’une précision inouïe, qui soulèvent l’enthousiasme du public. Un public conquis par l’incroyable intensité du duel implacable que se livrent les deux duellistes. Des balles extraordinaires qui flirtent littéralement avec les lignes de fond d’un court, estimé trop grand par certains, et qui se révèle, au contraire, bien trop petit pour les deux géants de la balle jaune. Le merveilleux revers à une main de Wawrinka déclenche, à tous les coups, des « Oh ! » d’admiration.

La versatilité du public

Les tribunes tanguent, les spectateurs, une fois de plus, changent de camp. Comme ils l’ont fait souvent durant la quinzaine la plus belle de la terre battue. On n’est pas étonné, à ce moment de cette finale de grande beauté, d’entendre le bruit assourdissant des vestes qui se retournent… La résistance de Wawrinka, ses folles courses, d’un coin du court à l’autre, ou du fond au filet pour récupérer les balles amorties, qu’il récupère, à la limite de la rupture ? Ce n’est, manifestement pas du goût du numéro 1 mondial. Le Serbe doute de lui, de ses capacités à museler son adversaire. Novak se retourne plusieurs fois vers son clan. Comme pour quémander un soutien, qui ne viendra jamais dans cette finale qui commence à lui échapper des mains. On le voit même lever les bras au ciel. Rien, ni personne, ne viendra le secourir. Il est bien seul, sur un central soudain trop grand. Le destin a fait son choix. C’est définitif ? Le jeu de Djokovic, malgré encore quelques coups de génie, trop éparses pour bousculer Wawrinka, s’étiole sous le soleil. Lentement, mais sûrement. Le favori est en train de tomber de son piédestal. Il est le N1, mais pas en ce dimanche de rêve pour le deuxième Suisse de la planète Tennis. Après le prestigieux joueur, le meilleur de tous les temps, dit-on, Roger Federer.

Le rêve d’un Grand Chelem

Après 3h 12’ d’un jeu aux cadences insensées,  d’un combat à la loyale, où l’on ne s’est pas fait de cadeaux, l’arbitre de chaise, Daniel Dumosois, peut enfin lancer, à la cantonade, la formule magique qui va déclencher une énorme ovation, « Jeu, Set et Match, Stanislas Wawrinka » Score final d’un match épique : 4-6 6-4 6-3 6-4. C’est le second titre du Grand Chelem pour le Suisse, qui avait remporté l’Open d’Australie, en 2014, en éliminant…Djokovic dans le dernier carré. Ce ne sera pas le neuvième pour le perdant du jour, qui a, non seulement cédé Roland-Garros,  après avoir gagné l’Open d’Australie en février dernier, mais également la possibilité de rester en course pour tenter sa chance de réussir, 46 ans après l’Australien Rod Laver, l’ascension de cet Himalaya qu’est le Grand Chelem de l’ère Open. Gagner les quatre majeurs dans la même année est, décidément, et de plus en plus, un rêve que l’on n’est pas prêt de voir se concrétiser. Roger Federer, Rafael Nadal, ont bien remporté ces quatre épreuves mythiques, mais en carrière seulement .Ce n’est pas le même charme. L’espoir fait vivre, dit-on. En attendant, Djokovic, dont la peine était immense lors de la cérémonie de remise des prix, peut croire qu’il est le « Maudit »  de Roland-Garros. Dans le camp d’en face, où la fête bat son plein, Wawrinka, dont la joie était immense lorsque le Brésilien Gustavo Kuerten, « Guga » pour les intimes, lui a remis la tant convoitée Coupe des Mousquetaires, peut se dire, a contrario, que la vie est belle. Ainsi va le sport, qui côtoie sans cesse, le bien et le mal.

Roland-Garros est mort, vive Wimbledon. La vie continue. « Il y a d’autres choses dans l’existence, qui sont plus graves qu’une défaite en finale ». Djokovic a raison. C’est ce qui fait de lui un champion d’exception, auquel Wawrinka a publiquement rendu un bel hommage. Deux joueurs de haute volée, au fair- play à citer en exemple.