TENNIS : Ines Ibbou: "J'ai beaucoup appris en 3 jours à Paris"

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Tournoi de Roland-Garros (Junior)

Ines Ibbou: "J'ai beaucoup appris en 3 jours à Paris"

La fièvre de Roland-Garros, compétition des juniors, est relativement tombée pour les Algériens qui ont suivi, à Paris, avec beaucoup de plaisir et d'attention, le parcours d'Ines Ibbou

De notre envoyé spécial, Omar Aït Ouméziane

 

La fièvre est, certes, tombée après le second tour perdu par Ines Ibbou dans le tableau final de Roland-Garros. Ce tournoi est la seconde levée du Grand Chelem des juniors qui, comme les grands, sont présents l'Open d'Australie, Roland-Garros, évidemment, Wimbledon et l'US Open. La page est tournée rapidement mais les souvenirs, eux, resteront à jamais dans la mémoire de celle qui fait partie, désormais, du Top 50 mondial des juniors où elle est positionnée (semaine du 1er au 7 juin), à la 45ème place. Ines a perdu deux places par rapport au "ranking" dernier, mais ce n'est que provisoire. En effet, les 30 points marqués à Roland-Garros ne seront pris en compte que lundi prochain, soit après les finales juniors (ITF) et seniors (ATP Messieurs et WTA Dames), de dimanche prochain.

Grâce aux 30 points, Ines récupérera les places perdues et peut-être même mieux encore que le meilleur classement de sa jeune carrière:43ème. Un peu de patience mais, dans l'immédiat, le plus important est de savoir comment Ines a vécu ses trois folles journées à Roland-Garros.  Elle nous le dit, et plus encore, avec le sourire, et sans trop chercher ses mots, tant ses impressions sont bien ancrées dans sa tête.

"J'ai tout fait pour atteindre mes objectifs de la saison 2015, qui étaient de progresser au classement mondial des juniors et, surtout, de faire en sorte d'accéder au tableau final de Roland-Garros. C'est un tournoi dont je rêve depuis, pratiquement, mes débuts au tennis, à l'âge de six ans. Les deux objectifs ont été atteints mais ce n'était vraiment pas facile, et ce, sur tous les plans. Il ne faut pas oublier que, l'an dernier, je suis restée plus de six mois sans jouer à cause d'une fracture de ma cheville droite. Cette longue période d'arrêt, et la rééducation qui a suivi, n'ont pas été faciles à vivre. Fort heureusement, j'ai pu reprendre, ce qui est très important à mes yeux, la compétition avec des tournois. Tout le monde est d'accord sur ce point:  rien ne remplace la compétition. Même si je n'ai que 16 ans (ndlr: Ines est née le 5 janvier 1999), c'est quelque chose que j'ai vite apprise. On peut s'entraîner tous les jours, sans arrêt, mais comment savoir où on en est, physiquement et tactiquement, si on ne fait pas des tournois. Lorsque j'ai repris la compétition, au début de l'année, j'ai commencé par deux tournois ITF Juniors en Tunisie. Dans le premier, disputé à Tunis, j'ai perdu contre l'Italienne d'origine russe, Ludmilla Samsonova. C'était sur surface en dur. J'ai pris ma revanche à Hammamet, sur court en terre battue. C'est ma surface de prédilection mais il va falloir que j'apprenne à jouer sur toutes les surfaces. C'est la tendance du tennis moderne. "

A  ce moment de notre entretien, nous faisons une pause avant de lui demander ce qu'elle a fait ensuite après la Tunisie.

" J'ai intégré la Fédération algérienne de tennis (FAT) en février dernier. Tout s'est ensuite accéléré. En accord avec la Direction technique nationale de la fédération, j'ai participé au championnat d'Afrique des juniors, qui a eu lieu au Caire. Dans cette importante épreuve continentale, je suis allée jusqu'au bout du tableau de simple pour offrir à mon pays le titre de championne d'Afrique des juniors. Un titre attendu depuis des années, d'après ce qu'on m'a dit. J'en étais véritablement très heureuse. Je n'ai pas eu le temps de savourer ce titre puisqu'il m'a fallu revenir très vite à la réalité avec le groupe III de la Fed Cup, où j'ai représenté l'Algérie avec Amira Benaïssa. Ce que je retiens de ce déplacement ? C'est le privilège d'avoir joué un match officiel contre la Danoise Caroline Wozniacki, classée N 5 mondiale. C'est inimaginable comme sensation. C'est un match que je n'oublierai pas aussi longtemps que je jouerai au tennis. J'ai également un très bon souvenir de Tlemcen où j'ai remporté, cette année, un tournoi international ITF Junior, repris au grade 3. Tlemcen me réussit puisque c'est dans cette ville que j'ai gagné mon premier tournoi du calendrier international féminin senior. Grâce à cette victoire, je suis entrée dans le classement mondial de la WTA."

Comment s'est faite la préparation de Roland-Garros ?

"En accord avec la DTN, je suis allée en Italie pour prendre part à trois tournois de niveau assez relevé. A Prato, j'ai gagné en simple et en double. Dans cette formule de jeu, j'avais comme partenaire la Française Lucie Wargnier. J'ai également réussi de bons résultats à Santa Croce. A Milan, où se déroulait le "Trofeo Bonfiglio", un tournoi du grade A, comme Roland-Garros, j'ai été rattrapée par toute la fatigue accumulée depuis le début de l'année. Je n'en pouvais plus."

Que retiens-tu de ta participation à Roland-Garros ?

"C'est quelque chose de tout simplement incroyable. Les qualifications ne se jouant pas à Roland-Garros mais au CA Montrouge, j'étais come frustrée. Et comme c'est dans le grand tableau que je voulais jouer, j'ai tout fait pour remporter les deux matchs qu'il fallait gagner pour avoir le droit d'aller fouler les courts de Roland-Garros. J'ai réussi dans mon entreprise et c'est ainsi que j'ai atteint mon objectif principal de la saison 2015: jouer le tableau final de la seconde levée du Grand Chelem. Tout le reste ne pouvait être plus que du bonus. J'ai gagné mon premier match à Roland-Garros. C'était historique pour le tennis féminin  de mon pays. Même la défaite concédée face à la Russe Anna Kalinskaya, classée 16ème mondiale, ne m'a pas, après réflexion, tellement affectée. Je sais maintenant ce qu'il faut faire pour progresser encore plus. En trois jours à Paris, 'ai beaucoup appris. Ca me servira à l'avenir."

Et la suite de la saison ?

"C'est un autre grand rendez-vous qui m'attend dans les prochaines semaines: celui de Wimbledon, en Angleterre,  où je suis directement admise au tableau final. Pour commencer à m'adapter au jeu sur gazon, je me suis inscrite au "Nike Junior International de Roehampton", prévu du 28 juin au 03 juillet. Mais, avant, je vais rentrer à Alger pour décompresser et, surtout, me reposer un peu en famille;"

Un dernier mot ?

"Je veux remercier du fond du coeur toutes les personnes qui me soutiennent depuis le premier jour. Je suis également très reconnaissante à SIM et Ramy."