TENNIS : Le Roi Nadal n’abdique pas !

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TENNIS

Tournoi de Roland-Garros

Le Roi Nadal n’abdique pas !

De notre envoyé spécial, Omar Aït Ouméziane

Le Roi d’Espagne, Juan Carlos, a abdiqué il y a quelques jours au profit de son fils Felipe. Le Roi de la terre battue, Rafael Nadal, n’a pas abdiqué. Et n’est pas prêt de le faire. Il a remporté dimanche son 9ème titre à Roland-Garros face à Novak Djokovic.

La finale rêvée, et ce fut la réaction unanime de tous ceux qui ont eu le privilège d’assister, à ce que le quotidien français L’Equipe a qualifié de « choc des dieux », il faut se rendre à l’évidence : Rafael Nadal est indestructible à Roland-Garros. Et l’édition 2014 de cette seconde levée du Grand Chelem, peut être encore plus que lors des précédentes, l’a montré très clairement. Et, pourtant, le matador de Manacorb était arrivé à Paris, et c’était la première fois, avec trois défaites au compteur, subies face à David Ferrer (Monte-Carlo), Nicolas Almagro (Barcelone), et, surtout, Novak Djokovic (Rome). Trois défaites qui ont, claironnaient sur tous les toits ceux qui veulent le voir tomber à Paris, forcément entamé sérieusement le capital confiance du vainqueur de 8 titres. Ce n’est pas l’impression que l’on a, personnellement, ressentie en le voyant dominer si facilement et le future grand du tennis mondial, l’Autrichien Dominic Thiem, et le Britannique Andy Murray, en demi-finale. Nadal avait beau dire que « Djokovic est le favori du tournoi », comme pour chasser le mauvais œil, personne ne pouvait, décemment, après ces deux démonstrations, prendre ses propos au sérieux. Certains, et il faut leur donner raison,  subodoraient même, que le « pronostic » de Nadal n’était annoncé publiquement que pour mettre encore plus de pressions sur les épaules du Serbe, actuellement le seul joueur au monde capable, sinon de l’abattre en finale de Grand Chelem, du moins de fissurer profondément la muraille de ‘l’ogre de l’ocre ». C’était de bonne guerre, en fait, maintenant qu’il est établi que le mental est aussi important que le physique. Et à ce jeu-là, Nadal est fort, très fort. Novak, au plus profond de lui-même, le sait pertinemment. Preuve en est que, la veille de la finale, il disait à des journalistes « Nadal joue toutes les balles comme si c’étaient des balles de match. Il ne donne jamais un point gratuitement. » Djokovic, qui comptait en entrant dimanche sur le central Philippe-Chatrier, quatre victoires d’affilée sur le désormais éternel rival, estimait, en prenant en considération son expérience de la finale perdue ici en 2012, qu’il savait ce qu’il faut faire pour gagner. Le Serbe se trompait lourdement, ses fans inconditionnels encore plus.

Le trompe-l’œil du premier set

Dans le 1er set, les jeux allèrent avec le service jusqu’à 4-3 pour Djokovic. Lequel enlevait ensuite la mise en jeu adverse pour mener 5-3. Sur son engagement, « Nole » se mit en position délicate à 15-40, puis 30-40, avant d’égaliser à 40A et d’enlever la balle de set qui lui donnait la première manche en 6-3, après 44’ de jeu. C’était, croyait-on, bien parti pour lui. Comme on se trompait !

Le choix du public

C’est alors que public, comme indécis jusque-là, prit ouvertement position avec de vibrants et soutenus « Vamos, Rafa », auxquels répondaient aussitôt, mais avec beaucoup moins décibels, de pâles « Djoko ! Djoko ! », pas assez tonitruants pour faire bouger les tribunes. Comme remonté par ce qu’il fallait bien prendre pour une déclaration d’amour, Nadal se remit au travail avec d’incroyables coups droits, de plus en plus puissants, de plus en plus précis. Mené 2-4, le Serbe eut une réaction d’orgueil pour revenir à 4 partout, mais sans pour autant, faire croire à tous que c’était bien « son » jour de gloire. Toujours porté par la foule, le tenant du titre s’accrocha à son service pour se retrouver à 6-5, avant de conclure, première humiliation infligée au gars d’en-face, à 15-40 sur service adverse. Conséquence immédiate : 7-5 pour Nadal, qui revenait ainsi à une manche partout.

Le patron sur le court

A 1 manche chacun, on pouvait se dire que la chance, conquise par le talent, avait changé de camp, elle aussi. Dans le septième jeu de la troisième manche, « bombardé » sans cesse, sur tous les angles, et même au filet, Djokovic jette sa raquette. Non pas de rage, mais d’impuissance avouée, devant les renvois, dans toutes les positions, d’un Nadal redevenu le maître des lieux, le patron de la prestigieuse boutique. Et, nouvelle humiliation, s’est sur son service que Djokovic va concéder la troisième manche en 6-2. A 2-1 pour le fougueux espagnol, la configuration de la finale prenait une dimension très compliquée pour celui qui savait « ce qu’il faut faire pour gagner ». Mais qui ne savait pas, finalement, se leurrant lui-même.

La double faute du 4ème set

Dans le 4ème set, qui allait être le dernier, il devenait clair, au fil des jeux, que la sentence était déjà prise, déjà connue, et pas seulement des initiés. Comme dans le 2ème et le 3è sets, Nadal mena 4-2. Et, comme à chaque fois, il avait conclu à son avantage, il était normal de croire qu’il n’y aurait « Jamais 2 sans 3 « dans cette finale qui prenait la tangente pour le dauphin serbe. Et ce fut le cas. C’est sur, suprême humiliation, et la preuve éclatante de son impuissance avérée, d’une double faute au service, que Novak laissa Rafa savourer le si délicieux « Jeu, set et match » de l’arbitre, sur le score de 3-6 7-5 6-2 6-4, après 3h31’ de jeu. Parfois à sens unique, surtout en fin de rencontre.

Le 9ème titre

Rafael Nadal laisse éclater sa joie immense et va, sourire éclatant, embrasser tout son clan réuni dans la tribune. Celui qui va lui remettre sa 9ème Coupe des Mousquetaires n’est pas n’importe qui. Surtout à Roland-Garros qu’il a remporté à six reprises « seulement » ! C’est, en effet, l’ancien grand champion suédois, Bjorn Borg, en personne, qui lui « offre » la Coupe tant convoitée par…Novak Djokovic, longtemps prostré sur sa chaise, après la balle de match.

Le fan du Real Madrid

Rafael Nadal ne cache jamais sa préférence pour le Real Madrid. Un club qui vient, en mai dernier, de gagner sa 10ème Champions League, « decima » dans la langue de Cervantes. Nul doute qu’en 2015, Nadal, enfant choyé, enfant gâté du central Philippe-Chatrier, fera de Roland-Garros son objectif prioritaire de la saison. Pour avoir lui aussi sa propre « decima ». Et dire que sans Robin Soderling, son bourreau de 2009, il aurait obtenu sa « decima », la même année que son club de cœur. Mais, mieux vaut tard que jamais. Vivement 2015 !