TENNIS : L'autre réalité du tennis professionnel féminin

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TENNIS

Loin des paillettes du circuit WTA

L'autre réalité du tennis professionnel féminin

Loin des paillettes du circuit WTA, la majorité des joueuses tentent de joindre les deux bouts sur des tournois de seconde zone bien moins rémunérés. Tout le monde n’est pas Maria Sharapova, Serena Williams… Une lecture édifiante.

Certains constats sont plus éloquents qu'un long discours. Pour sa victoire en finale du tournoi ITF de Grenoble, la Française Pauline Parmentier a remporté 3 919 dollars. Alors que Flavia Pennetta (12e mondiale) vient d'empocher un million de dollars pour sa victoire au Masters 1000 d'Indian Wells, Irina-Camelia Begu (129e mondiale) s'est vu offrir un chèque de 3 919 dollars pour sa victoire lors du tournoi de São Paulo. La différence ? Le premier est l'un des tournois les plus prestigieux du circuit WTA ; le second, une compétition du circuit ITF.

Depuis le début de la saison, les dix meilleures joueuses mondiales ont remporté quatre des 14 titres mis en jeu sur le WTA Tour, le circuit principal féminin. Sportivement, l'hégémonie est moins évidente qu'en 2013 (neuf sur quinze). Financièrement, en revanche, la domination est impressionnante. En deux mois, les membres du top 10 se sont d'ores et déjà partagé 7,4 millions de dollars (5,3 millions d'euros) de gains, sans compter les revenus issus des sponsors et des contrats publicitaires. Une façade luxueuse. La partie émergée de l'iceberg...

Sans les parents, ce serait compliqué

Composé des plus gros tournois en termes de prestige et de rémunération, le WTA Tour n'est pas accessible à toutes les professionnelles. Pour les joueuses classées en-deçà de la 100e place mondiale, la course aux points et aux gains se joue sur le circuit secondaire, l'ITF. Éliminée en quart de finale du tournoi ITF de Grenoble à la mi-février, la Suissesse Amra Sadikovic a empoché 654 dollars (environ 480 euros). Une somme qui lui a tout juste permis de rembourser ses frais de déplacement et de logement. "Paradoxalement, l'hébergement est offert sur les grands tournois, alors que les joueuses ont les moyens de se le payer, constate la 280e mondiale. À notre niveau, il faut limiter les coûts en permanence. Avant de partir sur un tournoi, j'épluche les pages de toutes les compagnies aériennes pour trouver le billet le moins cher."

Depuis sept ans qu'elle arpente le monde, la jeune femme de 24 ans a remporté huit tournois ITF. Un succès relatif qui ne lui a jamais apporté de stabilité financière. Depuis 2007, Amra Sadikovic a perçu 121 000 dollars de "prize money", soit autant qu'Anastasia Pavlyuchenkova pour sa victoire à l'Open GDF Suez fin janvier. "Mes parents m'aident encore de temps en temps, confie Amra Sadikovic. Sans eux, ce serait compliqué."

Des pertes d'argent

Selon une estimation publiée par le magazine Challenges fin 2012, seules 10 % des 1 400 joueuses professionnelles parviennent à vivre de leur métier. En-deçà de la 200e place mondiale, les pertes d'argent sont même monnaie courante. "Si une joueuse s'incline au premier tour d'un tournoi loin de chez elle, ça peut aller vite, assure Guillaume de Choudens, entraîneur sur le circuit ITF de 1997 à 2004. Les pertes peuvent aller jusqu'à 500, voire 1 000 euros."

« Un bon coach, c'est cher »

En plus du déplacement et de l'hébergement, les joueuses doivent également gérer leur entraînement. Dans le top 100, beaucoup ont les moyens d'être suivies par un coach individuel sur chaque compétition. Pour les autres, la priorité est de trouver une structure qui puisse les accueillir entre les tournois. "Un bon coach, c'est cher, explique Guillaume de Choudens. Les joueuses qui n'ont pas beaucoup d'argent voyagent seules. C'est compliqué, car un entraîneur apporte un soutien psychologique, et fait surtout progresser. Ce n'est pas évident d'être performante avec peu d'argent. C'est un peu un cercle vicieux." Outil de travail principal, le corps doit à tout prix être préservé. Pour rester à flot, la blessure est interdite. Sur le circuit, une semaine sans tournoi équivaut à une semaine sans revenus.

Le soutien ou la galère

Comme dit plus haut, pour sa victoire en finale du tournoi ITF de Grenoble, la Française Pauline Parmentier a remporté 3 919 dollars. Sans l'aide d'une fédération ou de la famille, la situation peut rapidement devenir délicate. "J'ai eu la chance d'être suivie très tôt par la Fédération française de tennis et aussi par ma famille", commente Pauline Parmentier, ancienne 40e mondiale. Redescendue aux alentours de la 200e place mondiale après une blessure à l'épaule contractée en début d'année 2013, la Française s'est remise en quête du plus haut niveau. En partie grâce au soutien de ses sponsors. "J'ai de la chance de les avoir gardés, glisse la joueuse. En général, quand tu redescends trop au classement, ils se retirent."

Une progression très difficile

Dans les années 1990, il suffisait en moyenne d'un an et demi pour intégrer le cercle des 100 premières au classement WTA. Aujourd'hui, les joueuses doivent patienter quasiment trois fois plus longtemps sur le circuit secondaire. "Les filles font preuve d'une grande envie sur ce circuit", assure Pauline Parmentier. L'envie, en priorité, de se rapprocher du top 100 et de tous les avantages qui l'accompagnent : l'accession directe au tableau principal des levées du Grand Chelem (Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon, US Open), la signature de contrats avec les sponsors... Et la promesse d'un passage de l'ombre à la lumière.

Source : lepoint.fr/sport