Entretien avec Karim Ait Abdellah (établi aux Etats-Unis)

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Entretien avec Karim Ait Abdellah (établi aux Etats-Unis)

« La vie est pleine de défis qu’il faut relever pour exaucer ses rêves »

Combien d’hommes et de femmes n’ont-ils pas rêvé de découvrir le nouveau monde ? Certains comme le célèbre chanteur français feu Joe Dassin l’ont même chanté. Pour Karim Ait Abdellah, c’était tout simplement un but dans la vie.

Dés son arrivée en 1985, ses statuts d’ancien nageur et de poloïste lui ouvriront des portes aux Etats-Unis, dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Si certains subissent leur destinée, celle de Karim a été forgée par son caractère. De ses débuts de nageur, dés l’âge de 5 ans, à l’ASPTT Alger, puis à l’ex- DNC, actuellement OC Alger, d’où il fût malheureusement « chassé », au CR Belouizdad qui l’a accueilli à bras ouverts pour en faire un champion en natation et en water-polo, Karim s’est fixé un autre but dans la vie : vivre en Amérique. Ni le handicap de la langue, encore moins l’éloignement de son pays natal, ne le feront reculer. Il débarque à New-York, une ville que l’on surnomme aussi « la pomme » ou bien « la ville qui ne dort jamais », certes avec un « pied à terre », celui de son frère ainé, mais il se mettra vite dans le bain des quartiers de Manhattan, du Bronx, Brooklyn. Il faut bien gagner sa vie !

A force de détermination  et de travail, Karim se fraie lentement, mais sûrement, un chemin dans les méandres de cette cité, jusqu’à en devenir un directeur de plusieurs piscines (25 selon ses dires !). Découvrons ensemble qui est Karim Ait Abdellah, à travers cet entretien

Votre parcours en natation ?

J’avais 5 ans en 1968 quand j’ai effectué mes débuts avec l’ASPTT Alger, à la piscine des « Anassers », devenue celle du stade du  « 20 août ». Deux ans plus tard, et toujours sous les couleurs de l’ASPTTA, j’accomplissais mes entrainements à la piscine du complexe « Mohamed Ghermoul ». De 1975 à 1984, j’ai signé une licence au profit de la DNC avec comme entraineurs Noureddine Boutaghou et un hongrois du nom de Tatos, qui était auparavant entraineur du célèbre nageur Tunisien Ali Gharbi.

Après 9 années de bons et loyaux services, j’ai quitté ce club au profit du CR Belouizdad, au sein duquel j’ai non seulement pratiqué la natation mais aussi le water-polo. J’ai clos mon parcours par un passage d’une année au Mouloudia d’Alger.

Et en équipe nationale ?

Du temps du coach Tatos, j’ai été régulièrement sélectionné en équipe espoirs de natation puis avec celle du water-polo.

Que vous évoque le nom d’Ahmed Chebaraka ?

Celui d’un grand monsieur de la natation. Pour moi, je ne vois pas la natation sans Ahmed Chebaraka. Il a fait ses preuves en tant qu’athlète, puis entraîneur, éducateur et dirigeant.

Quels sont les nageurs de votre génération ?

Je peux vous citer, Hakim Bitat, Youcef Sahnoune, Mouloud Kouidri, Réda Kabailou, Réda Begadid, Noureddine Karbiche, Mouloud Hammouche et un certain Ayoub actuellement professeur à l’université de Brooklyn dans l’Etat de New York. La liste est grande, je ne peux pas me souvenir de tous les noms.

Et du côté des dirigeants ?

Nous respections beaucoup Mustapha Larfaoui et Mohamed Baizid, deux piliers de la natation algérienne.

Que vous rappelle cette époque là ?

Beaucoup de choses. Malgré le peu de moyens dont nous disposions dans les années 80, il y avait de l’ardeur dans les entraînements, de l’engouement et surtout de la discipline.

Comment vous est venue l’idée d’émigrer aux Etats-Unis ?

Dès mon jeune âge, je rêvais de ce pays. Je voulais voir de près les acteurs de cinéma qui me fascinait tant (rires). Mon devoir du service national accompli, j’ai effectué toutes les démarches administratives pour l’obtention du visa. Mon billet d’avion en main, j’ai crié « A moi, l’Amérique ! »

Dans quel cadre, justement, avez- vous foulé le sol américain ?

C’est dans un cadre purement familial. En débarquant à l’aéroport de New York, j’ai tout de suite senti le handicap de la langue, tout comme j’ai été surpris par le gigantisme de cette ville.

Ce qui ne vous a, apparemment, pas fait reculer ?

Pas du tout ! Bien au contraire. Quand on aime, il faut souffrir et relever les défis. C’est ainsi que j’ai été amené à faire des petits boulots dans la restauration avant d’obtenir ma licence de taxi. Ma boulimie des études m’a fait atterrir au sein de l’institut culinaire français où j’ai réussi à décrocher le diplôme de chef pâtissier. A côté de la boulangerie où j’exerçais, il y avait un centre aquatique que je fréquentais pour entretenir ma forme. Un jour, la responsable qui s’occupait de ce centre, m’a accosté pour me demander si j’avais pratiqué la natation et à quel endroit.

C’était le début d’une autre aventure, non ?

Absolument ! La responsable a insisté pour que je reprenne mes entraînements. Elle m’a aussi présenté le gérant de la piscine, M. Peter qui a réellement apprécié mes qualités techniques. Une amitié est née entre nous. Au cours d’une de nos discussions, il m’a proposé le poste de surveillant de baignade. Comme l’appétit vient en mangeant, j’ai passé tous les examens nécessaires pour l’obtention des diplômes de maître- nageur et même ceux de l’aquagym. J’ai eu donc à encadrer les adhérents de cette piscine qui étaient fort nombreux. Dés lors, mon poste au sein de la compagnie qui gère 25 piscines dont le propriétaire est M. Joe White, était acquis. Deux années plus tard, constatant mes réels progrès dans la maîtrise de la langue et mon insertion au sein de la société –je me suis fais beaucoup d’amis américains-  le directeur est venu me voir un jour et m’a remis les clés de la piscine. Aussi simple que ça!

On vous a proposé d’autres responsabilités ?

Sept au total. Je m’occupais surtout de la gestion des plannings d’entraînements, de leur contenu, de la surveillance,  de l’entretien, enfin tout ce qui touche à la bonne marche de ces infrastructures. J’ai également ouvert des écoles de natation grâce au concours d’anciens athlètes américains diplômés. Il va sans dire que le nombre de piscines est très important dans la ville de New York. Il y en a partout, mêmes dans les buildings. Les moyens matériels existent à profusion : salle de musculation, jacuzzi, salle d’aérobic, matériel didactique… Tout est fait pour encourager les gens à pratiquer la natation. L’abonnement annuel des adhérents s’élève à peine à 400 $, soit l’équivalent de 40000,00 DA. La natation, chez le peuple américain, est une vraie culture. Tout le monde se lève à 5h du matin  pour nager.

Quel est votre regard sur la natation algérienne ?

Je ne vous cache pas que j’ai été surpris par les chronos de niveau mondial de nos jeunes nageurs pour les Jeux olympiques de la Jeunesse de Singapour. Ce qui me fait dire que de tout temps l’Algérie recèle des potentialités énormes dans ce sport. Il suffit tout simplement de mettre à leur disposition les moyens nécessaires pour leur épanouissement. A commencer par les bassins.

Entretien réalisé par

O. Kama