Entretien avec le DTS de l’USM Alger

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Réda Zemmouri :

« L’Interclubs reflète la force et l’homogénéité de la section »

 

Encore tout auréolé de son titre de champion d’Algérie en interclubs, disputé le week-end dernier à la piscine « Les Jardins » d’Oran, le directeur technique de la  section de l’USM Alger, Réda Zemmouri, a rendu visite à notre journal. Avec déjà trois titres nationaux dans son escarcelle, la coupe d’Algérie (dames), le titre de champion d’Algérie (dames) et l’Interclubs (Mixte), notre interlocuteur nous parle de son club et de la natation algérienne.

 

Des trois titres que l’USM Alger a remporté, quel est le plus important à vos yeux ?

Incontestablement l’Interclubs, car il reflète la force et l’homogénéité de la section. Un avis partagé par toute la famille de la natation algérienne. Contrairement au championnat d’Algérie, où le classement se fait par médailles, il suffit d’avoir deux ou trois meilleurs  athlètes du moment pour remporter le titre, alors que l’Interclubs, c’est l’ensemble de l’équipe qui est sollicitée. Il sert de baromètre à tous les techniciens du club. A titre d’exemple les 22 compétiteurs engagés par l’USMA à l’Interclubs, ont tous un bon niveau, au pire moyen.

Citez-nous quelques données concernant votre section ?

Globalement, la section renferme 350 athlètes. De ce chiffre il faut compter 220 enfants qui fréquentent l’école, ce qui représente un peu plus de 60% du chiffre total des effectifs. C’est vous dire l’importance que revêt à nos yeux la formation à la base. Par contre, nous rencontrons beaucoup de problèmes à l’instar des autres clubs, dans le recrutement de l’élément féminin, malgré notre intérêt pour cette frange de la population. En benjamins, nous avons beaucoup investi dans cette catégorie les années précédentes. Cette saison nous avons engagés 30 compétiteurs. Ils feront parler d’eux au championnat national benjamin.

Nous avons par contre une carence en minimes et en cadets, que nous comblons au fur et à mesure des saisons. On tourne généralement avec une dizaine d’athlètes. En juniors- seniors, nous avons un bon groupe soudé avec un effectif d’une dizaine de nageurs et nageuses que nous avons renforcé par le recrutement de Anila Bouloum et Anis Alkama. C’est un recrutement ciblé.

 

Et l’encadrement technique ?

Sans compter les techniciens exerçant au niveau des écoles, l’USMA tourne avec 10 cadres tous diplômés, la plupart sont des conseillers en sport.

 

Combien avez- vous de sélectionnés dans les différentes équipes nationales ?

Cela fait quatre ans que l’USMA fournit l’essentiel de l’ossature féminine de l’équipe nationale A. En espoirs, nous avons généralement une cuvée de quatre éléments. Cela sans compter les déperditions de vrais espoirs que comptaient l’USMA tels que Amine Bendib, Achour Arab et Anis Smail.

 

En tant qu’ancien nageur et technicien, quel est votre regard actuel sur la natation algérienne ?

Pour jauger le niveau national il faut tout d’abord se situer sur le plan maghrébin, africain et méditerranéen. Sur le plan maghrébin, à mon avis, depuis deux années nous avons régressé. Le système actuel de prise en charge n’encourage pas le travail au niveau des jeunes. Au plan  africain, en 2004 nous avions une très grande équipe. Que reste-t-il de sa composante en 2009,  après les Jeux arabes de 2005 et les Jeux Africains de 2007 ? Je pense que nous avons privilégié les résultats avant la performance. Que veut dire champion d’Afrique sans une bonne performance ? Pour moi rien. La natation se juge sur les performances, les titres viennent après. A titre d’exemple, mes nageuses de l’équipe nationale ont du mal a réaliser leurs chronos d’il y a à peine quatre ans. Au risque de me répéter, nos athlètes ont besoin de départs et donc de compétition. Nous avons les moyens de faire des stages et toutes sortes de compétition dans notre pays, à quoi sert d’envoyer nos athlètes en stage à l’étranger. Selon mon expérience et mon vécu sur le terrain, un athlète de l’EN a besoin au minimum de 20 départs.

 

Vous dites que l’Etat a consenti beaucoup d‘efforts dans la construction de piscines, pourtant les résultats ne suivent pas. Faut-il dans ce cas tout changer ?

Avant de parler de résultats, il faut tout d’abord encourager le travail dans les clubs. C’est le cadre idéal pour l’épanouissement de l’athlète. Un nageur ou une nageuse convoqué pour défendre les couleurs nationales est déjà prêt au sein de son club. Chez nous c’est le contraire. On le prépare en équipe nationale, avec les moyens de la Fédération. Cela m’amène à poser le problème que nous rencontrons nous les clubs, dans l’accès au bassin, et l’insuffisance des créneaux horaires qui nous sont réservés. Un compétiteur d’un certain niveau doit avoir accès à toutes les piscines à tout moment, c’est cela aussi la performance.

 

Et le problème des études ?

Depuis une vingtaine d’années la natation est devenue un sport d’adultes. Chez nous, la natation se résume à s’entraîner tous les jours de 17h00 à 19h00. Si pour le collégien et le lycéen cela ne pose pas problème, que dire alors de l’étudiant dont le volume horaire de travail est plus important que ses autres camarades. C’est pour cela que nous avons une déperdition importante à ce stade. Comparativement à d’autres nageurs étrangers les nôtres ont un bon niveau à l’âge de 15 ou 16 ans, mais après ils se font dépasser par manque de moyens et de prise en charge efficiente. En particulier, dans le volume de nage. Seuls les athlètes qui se sont rendus à l’étranger à l’exemple de Salim Iles, Sofiane Daid ou Nabil Kebbab et ayant bénéficier de bourses ont pu rivaliser avec le ghota mondial.

 

En Algérie, on ne peut donc pas concilier les études et le sport de haut niveau ?

C’est la triste vérité. La plupart des nageurs étrangers ont tous un bagage universitaire. Pour eux, il n’y a aucun problème à concilier les études et le sport de haut niveau, car le système de prise en charge est mûrement réfléchi et appliqué. Ils bénéficient réellement de l’aide de l’Etat. Chez nous, il faut d’abord que le MJS et les DJS mettent à la disposition des clubs toutes les infrastructures existantes. Actuellement les clubs utilisent 10% des créneaux horaires, comparativement à la natation loisirs. Normalement c’est le contraire qui doit prévaloir. 

 

La formule du lycée sportif répond-t-elle à cette équation ?

Je tiens d’abord à préciser que 90% des élèves inscrits au lycée sportif, section natation proviennent de l’USMA et cela depuis un certain nombre d’années et plusieurs d’entre eux ont décroché le bac. Le lycée a assez de moyens pour aider la performance, mais qu’il faudra étoffer, car cela reste à l’état embryonnaire.

 

L’envoi des athlètes à l’étranger est-elle une solution palliative ?

Je suis catégorique sur ce point là. C’est non ! Nous avons eu déjà à faire l’amère expérience avec certains, nous n’allons pas recommencer maintenant. Le meilleur moyen est de garder nos jeunes ici, dans leur milieu familial et ses repères.  La discipline est simple à prendre en charge. Il suffit pour cela d’ouvrir les piscines aux clubs et d’augmenter à chaque fois la charge de travail de l’athlète, tout en l’engageant dans des meetings internationaux pour juger de son niveau.

 

Le président du CSA USM Alger Said Allik vous apporte-t-il tout son soutien ?

Said Allik est un président exigeant et amateur de la natation. L’USMA est un club omnisports, il se doit donc de suivre attentivement toutes les sections dont il a la charge.

C’est grâce à lui que la section fonctionne. J’ai rarement vu un président de CSA assister à une compétition de natation, au contraire de notre président. C’est vous dire tout l’intérêt qu’il porte à cette discipline où il compte beaucoup d’amis.

Propos recueillis

par O.Kama