EQUITATION: Entretien avec le directeur technique national de la FEA

  • PDF

Entretien avec le directeur technique national de la FEA

Lamine Semra : «Avec plus de moyens on peut aller très loin»

Propos recueillis par Amel Bouazza

 

L’équitation est souvent considérée comme un sport élitiste. A tort, selon beaucoup de ses pratiquants. Nos lecteurs en sauront plus avec Lamine Semra, directeur technique national (DTN) par intérim à la Fédération équestre algérienne (FEA).

 

Souvent considérée comme un sport de riches, l’équitation attire bien plus de monde que l’on pourrait le croire. Avec ses  8217 adhérents à travers le territoire national, elle reste une  discipline pourvoyeuse en titres, à en croire Lamine Semra, directeur technique national (DTN) par intérim à la Fédération équestre algérienne (FEA), qui a accepté de nous rencontrer pour nous faire un état des lieux de ce sport en Algérie.

 

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

 

Lamine Semra, entraîneur national de la catégorie des seniors et DTN par intérim à la FEA. J’ai été éducateur sportif ainsi que moniteur au club du CHB Mohammedia, de 1993 à 1998. Entre 1998 et 2000, j’ai été chargé du service technique au niveau de la FEA. J’ai également assumé les fonctions de directeur technique au CHB Mohammedia. Dans mon palmarès figurent de nombreux titres en tant qu’entraîneur, dont ceux de vice-champion maghrébin en 2009 et champion maghrébin en 2010, avec les seniors.

 

Peut-on avoir une idée sur les prochaines compétitions auxquelles vont prendre part nos cavaliers ?

 

Nous aurons prochainement les Championnats d’Algérie espoirs, le Grand Prix qualificatif aux Championnats seniors les 23 et 24 novembre courant, à Constantine, lesquels Championnats d’Algérie seniors auront lieu à Blida, du 6 au 8 décembre prochain. Concernant les compétitions internationales, nous allons prendre part au concours international de saut d’obstacles (1 et 2 étoiles) qui se déroulera en France, du 22 au 24 février prochain, mais aussi le CSI (2 et 3 étoiles), prévu du 1er au 3 mars 2013, toujours en France, sans oublier les Jeux Méditerranéens, qui sont programmés du 20 au 30 juin de la même année, à Mersin (Turquie).

 

Puisque vous évoquez les Jeux Méditerranéens, quel est l’objectif que vous vous êtes fixé dans ce challenge ?

 

Il est clair que lorsqu’on participe à ce genre de compétition, c’est pour faire de bons résultats. Cependant, je ne vous cache pas que notre participation aux JM est encore incertaine, vu que nous ne disposons pas des moyens requis, à savoir, bien évidemment, les chevaux de haut niveau, qui nous font cruellement défaut.

 

Des stages ont-ils été prévus pour préparer ces différents rendez-vous ?

 

Effectivement, nous avons programmé une série de stages auxquels vont prendre part nos cavaliers afin d’être au mieux de leur forme le jour J. C’est ainsi qu’un stage de perfectionnement de sept jours est prévu janvier prochain, suivi d’un autre en février, à Alger, également d’une durée de sept jours. Le tout couronné un regroupement en juin 2013, en Belgique.

 

Comment qualifierez-vous le niveau actuel de nos sélections nationales toutes catégories confondues ?

Nous avons de très bons éléments, aussi bien en seniors qu’en juniors. Le problème ne se situe nullement au niveau des ressources humaines, car nous avons d’excellents cavaliers à même de prétendre à s’imposer au niveau international. Cependant, le manque de moyens nous empêche d’aller de l’avant. Je peux vous citer quelques-uns de nos meilleurs éléments qui ont fait de bons résultats lors des différentes compétitions, tels que Sid Ali Allali, qui a été sacré champion maghrébin en 2010, en Algérie, ainsi que Naoufel Bougendoura et Lamine Kheddouche, qui ont tous fait partie de l’équipe qui a remporté le titre maghrébin en 2010.

De leur côté,  nos  juniors ont participé au Championnat du monde des clubs, qui s’est déroulé en France, du 27 au 29 juillet dernier, et ont obtenu une médaille d or. Ceci est la preuve que nous avons les compétences nécessaires.

 

On imagine que les Jeux Olympiques font également partie de vos ambitions futures …

Les Jeux Olympiques sont le rêve de tout athlète, et ce dans n’importe quelle  discipline sportive, car c’est le summum en matière de compétition. Mais comme je l’ai précédemment cité, il faut de gros moyens. Un cheval de haut niveau, et plus précisément de saut d’obstacles, coûte un million d’euros. Vous imaginez bien que ce n’est pas évident pour nous car ces chevaux-là n’existent pas en Algérie, ce sont principalement des chevaux européens. Les pays qui ont pris part aux JO londoniens de 2012, à l’instar de l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar, sont des pays qui ont mis le paquet pour réussir leur participation. En ce qui nous concerne, seuls des moyens adéquats nous permettront de prendre part à ces joutes internationales, car ce ne sont pas les compétences qui manquent en Algérie.

 

Est-ce à dire que c’est principalement l’absence de moyens qui freine le développement de l’équitation en Algérie ?

 

Effectivement, il faut dire que le principal frein à l’essor de l’équitation dans notre pays reste le manque de moyens. Je peux vous citer l’exemple des Championnats arabes de Doha-2011, auxquels nous avons été contraints de participer avec des chevaux empruntés. Cela ne nous a pas empêchés de faire d’assez bons résultats et de décrocher une honorable sixième place, devançant de nombreux pays tels que le Maroc ou encore Liban. C’est dire qu’avec plus de moyens, les résultats seraient encore meilleurs. Les clubs aussi souffrent d’un manque de moyens, surtout en matière d’infrastructures.

Nous avons formulé une demande dans ce sens au niveau du MJS, afin de nous octroyer les moyens qui nous permettraient d’acheter des chevaux, et nous sommes en attente d’une réponse.

 

Combien y a t-il de ligues et de clubs sur tout le territoire national ?

 

En ce qui concerne les ligues, nous en comptons 28. Les associations sont évaluées au nombre de 260 pour l’équitation traditionnelle et 25 clubs hippiques (équitation moderne). Selon les statistiques de 2011, le nombre de pratiquants a atteint 8217 affiliés, qui se répartissent comme suit : 7124 seniors, 410 juniors et 683 cadets. Comme vous pouvez le constater, la discipline suscite un réel engouement chez nos jeunes. C’est un sport populaire, et qui est ouvert à tout le monde.

 

Ne pensez-vous pas qu’il doive y avoir plus d’actions de la part de la Fédération pour promouvoir ce sport ?

Certes, il est certain que pour donner un peu plus d’élan à l’équitation, il faudrait qu’il y ait une bonne promotion. Pour notre part, nous essayons d’en faire avec le peu moyens dont nous disposons. Il est vrai que notre discipline souffre d’un manque de médiatisation. Par conséquent, les gens se sont fait une idée tout à fait erronée sur ce sport en pensant qu’il est l’apanage de l’élite. Or, c’est totalement faux, tout le monde peut en pratiquer, à condition d’en avoir envie.

 

Des projets en vue de développer et promouvoir la discipline ?

 

Tout à fait. Nous prévoyons par exemple d’ouvrir une école d’équitation à Blida, dont le chantier sera lancé en 2013. C’est un projet ambitieux et à même de donner un nouveau souffle à la discipline. La formation est aussi un élément essentiel. D’ailleurs, nous avons, au niveau du Lycée sportif de Draria, une classe d’équitation. Même s’il faut avouer que nous manquons de formateurs, ces derniers fuyant la discipline, sachant que c’est là un métier très difficile et bien peu rémunérateur.

 

Un mot pour conclure ?

 

Nous sommes vraiment ravis de l’intérêt que porte Planète Sport à la discipline. Notre plus grand souhait serait que notre sport soit encore plus médiatisé afin d’attirer de plus en plus de cavaliers et remplir les clubs, car ce n’est que de cette façon que nous pourrons attirer  les sponsors et assurer l’essor de cette discipline.