L’ex-DTN Kamel Ikhenazene sort de sa réserve

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« Nous n’avons pas le niveau pour participer aux JM de Pescara »

 

Fils d’un marchand de chevaux, réputé sur tout le territoire national, Kamel a grandi avec la plus noble conquête de l’homme. Dès son plus jeune âge, il commence à pratiquer l’équitation au centre équestre de Bordj El Bahri. Très doué, il devient l’un des meilleurs cavaliers algériens et s’impose en tant que tel dans les compétitions en remportant plusieurs titres nationaux. Il s’engage dans l’armée, plus précisément  dans la cavalerie de la Garde républicaine (GR) à l’âge de 17 ans pour faire carrière jusqu’à son départ en 2007 où il quitte la GR avec le grade de commandant. Kamel Ikhenazene a obtenu de bons résultats à chaque fois qu’il a été à la direction de l’équipe nationale de saut d’obstacles, et ce, depuis 1989. Ses résultats parlent amplement pour lui. Il est indiscutablement à l’origine de la moisson de médailles récoltées lors de la dernière édition des Jeux africains qui se sont déroulés à Alger, en 2007. Son tableau de chasse était composé de quatre médailles en or et de trois médailles en argent. Son CV professionnel et, surtout, son remarquable palmarès, vraiment très fourni, lui ont permis d’obtenir la responsabilité de la direction technique nationale des sports équestres de la Jamahiria libyenne, et ce, aussitôt les Jeux africains d’Alger terminés. Il vient de négocier un autre contrat de DTN dans un pays arabe qu’il veut garder secret pour le moment. L’ex-directeur technique national de la Fédération équestre algérienne (FEA), Kamel Ikhenazene, a décidé de sortir de sa réserve. Il a sollicité tout particulièrement  Planète Sport pour s’exprimer. Nous acceptons alors bien volontiers de le soumettre à l’éternel jeu des questions- réponses. Il répond franchement à toutes nos questions, sans en esquiver aucune tant il en a, apparemment, gros sur le coeur. Ikhenazene est un technicien qui connaît l’équitation sur le bout des doigts. On peut l’écouter sans risquer de s’ennuyer un seul instant.

La nouvelle direction de la FEA a-t-elle fait appel à vos services ?

Oui, mais dans le but de me voir cautionner son plan qui consistait uniquement en une  éventuelle participation aux Jeux méditerranéens de Pescara. Je comprends maintenant pourquoi ils ne m’ont pas appelé ensuite.  C’est à cause de mon franc-parler et du fait d’avoir dit que nous n’avons pas le niveau minimum pour participer aux JM et surtout qu’en  trois mois, on ne pouvait pas préparer une E.N.

Quel était l’ordre du jour de votre première réunion avec les nouveaux  décideurs de la FEA ?

Moi qui pensais qu’on allait évoquer les problèmes que rencontrent les clubs et les ligues, discuter du volet technique ou élaborer un plan d’action concernant le développement et la formation toutes branches confondues, rien de tout cela n’a été évoqué. Le plus important pour les décideurs, c’était les JM. Comme si la participation de l’Algérie aux JM allait régler tous les problèmes de l’équitation algérienne.

Est-ce que vous trouvez normal que la FEA n’ait pas de collège technique ?

Il n’y a pas de collège technique et les responsables de la Fédération ne font pas participer aux débats les techniciens qui sont sur le terrain parce que, tout simplement, c’est pour faire ce qu’ils veulent. Actuellement, il n’y a, à mon avis, que la participation aux Jeux méditerranéens qui compte pour eux..

En tant que technicien, pensez-vous qu’en deux mois, on peut préparer une EN pour les JM ?

Quand ils ont commencé à parler des JM, j’ai donné mon avis en tant que technicien et j’ai bien expliqué qu’on n’était pas prêts et qu’on ne peut pas participer à ce genre de compétition. C’est du haut niveau. On n’a pas de chevaux capables actuellement de sauter 1,35 m et plus en hauteur sur l’ensemble d’un parcours de dix obstacles. N’ayant rien à me prouver de positif pour me convaincre quant à la participation de nos chevaux aux JM, ils m’ont sorti l’adage, qui n’est plus de mise, du baron de Coubertin : ‘‘L’essentiel est de participer’’. Nous disposons de 1 milliard de centimes, pourquoi ne pas en profiter ? Je ne pense pas qu’il soit raisonnable de penser ainsi.

Avant votre départ pour la Libye, vous avez laissé une équipe championne d’Afrique. Qu’est- elle devenue ?

En rentrant de Tripoli, j’ai constaté qu’ils avaient fait le ménage au sein de l’instance dirigeante de la FEA. Le ménage ne devait pas toucher les athlètes. J’ai laissé deux équipes : la A et la B ; en tout, 23 cavaliers. Ils ont profité des stages et des regroupements inscrits au programme de la préparation des Jeux africains de 2007. Aucun parmi les meilleurs cavaliers ne figure dans la liste des sélectionnés. Tout a été chamboulé.

C’est officiel : la FEA a fait appel à un expert étranger pour donner son avis sur le niveau des cavaliers et chevaux choisis pour une éventuelle participation aux J.M…

Nous avons assez de techniciens  compétents formés dans les grandes écoles d’équitation étrangères pour pouvoir donner leur avis. L’expert auquel a fait appel T. Bougandoura, le premier vice-président de la FEA et qui est en même temps cavalier et sélectionneur, n’est autre que son ami. Je peux m’avancer à dire ce que l’expert va conclure : ‘‘Vous avez les moyens de participer aux JM, mais il vous faut une tournée en France pour améliorer votre niveau. En quelque sorte, une autorisation de sortie signée par un expert étranger qui va coûter des centaines de millions.   

Vous qui avez grandi sous le drapeau. Quel message voulez-vous faire passer ?

Je lance un appel pressant au ministre de la Jeunesse et des Sports pour le prier humblement  d’envoyer une commission d’évaluation composée de personnes qui n’ont pas d’affinités avec la FEA et faire appel aux techniciens algériens pour constater de visu si vraiment on peut aller à Pescara participer aux JM ou non.

Un dernier mot…

Expliquez-moi pourquoi, dans mon propre pays, on m’écarte parce que j’ai donné un avis qui n’arrange pas les nouveaux responsables de la FEA, alors qu’à l’étranger, je suis responsable technique d’une équipe qui tourne sur le circuit international de la coupe du Monde. Je dis tout simplement aux dirigeants de la FEA que l’Etat veille au grain. Le jour où il faudra rendre des comptes, comme cela a été le cas dans un passé récent, la peine sera lourde de conséquences.

 

B.W.H