Après sa qualification aux demi-finales : Seule la JSK est capable de gagner le trophée

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La rencontre face à Al Ahly au Caire aura été un véritable match multi-test pour les Canaris dans leur quête d’une qualification aux demi-finales de la Champions League africaine, mais aussi pour peser de leur poids dans cette compétition prestigieuse que l’Algérie n’a plus gagnée depuis 20 ans, et le titre décroché par cette même… JS Kabylie.

Par Mohamed Malik

C’était en 1990, face aux Zambiens des Nkana Red Devils grâce aux tirs au but (5 à 3), puisqu’à l’aller comme au retour, chacune des équipes avait pris l’avantage sur l’autre par la plus petite des marges, et c’était l’ultime fois qu’un club algérien eût inscrit son nom sur le socle de cette Coupe d’Afrique des clubs champions devenue en 1997 Ligue des Champions, empruntant ainsi la formule à sa sœur européenne. Depuis, c’est la traversée du désert pour nos clubs, comme pour tout le football algérien en général, même si au passage c’est toujours la JSK qui va faire exception en décrochant la Coupe des vainqueurs de coupe africaine, en 1995, avant sa disparition et la coupe de la CAF à trois reprises (2000, 2001 et 2002) avant que cette dernière ne change de formule également. L’absence de nos clubs à l’échelle continentale a laissé l’occasion aux autres de faire le plein, notamment les formations égyptiennes que sont Al Ahly, recordman des titres en Coupe des champions (6 fois vainqueur), suivi de son rival le Zamalek (5 fois). C’est ainsi que l’Egypte domine le continent avec 12 trophées dans cette compétition prestigieuse, si l’on ajoute aux 11 coupes du duo du Caire le sacre d’Al Ismaïly. Le Maroc et le Cameroun sont bien loin avec cinq consécrations chacun, dont trois sont à l’actif du Raja Casablanca, qui a décroché sa première coupe en 1989 sous la conduite d’un certain Rabah Saâdane, en battant le MC Oran en finale.  Par nation, l’Algérie occupe la quatrième place en compagnie de la RD Congo, avec quatre trophées enlevés grâce au MC Alger (premier vainqueur en 1976), la JS Kabylie (la plus titrée avec 2 coupes en 1981 et 1990) et l’ES Sétif (1988).

Au classement par club, les Canaris du Djurdjura pointent à la septième place africaine avec leurs deux trophées, en compagnie des Nigérians d’Enyimba et des Ghanéens de l’Ashanti Kotoko, devancés ainsi par Al Ahly (6), Zamalek (5), le Raja (3), Canon Yaoundé (3), Hafia Conakry (3) et le dernier vainqueur, le TP Mazembe (3), qui a battu en finale Heartland FC du Nigeria (1 à 2 et 1 à 0) en 2009. Cette année, le représentant algérien a déjà assuré sa place dans le dernier carré, ce qui lui ouvre la voie pour rêver d’une qualification en finale et, pourquoi pas, décrocher le titre, son troisième dans cette compétition et le septième sur le continent. Une consécration qui coïncide avec une année charnière pour le football algérien, qui revient sur le devant de la scène avec une quatrième place à la CAN Orange 2010 et une qualification au Mondial sud-africain, sans oublier la première qualification de la sélection des A’ (joueurs évoluant dans le Championnat national) au CHAN 2011. Malgré donc tous les problèmes dont souffre toujours notre football, sur les plans organisationnel, structurel, infrastructurel, de l’encadrement technique, du management et autres, la JS Kabylie a prouvé qu’elle restait une véritable valeur sûre de notre sport-roi et qu’elle est pratiquement la seule capable de s’asseoir sur le toit de l’Afrique. L’Entente de Sétif, dans sa configuration actuelle, n’en est pas loin, mais elle devra cravacher dur pour décrocher une qualification aux demi-finales, après un début compromettant. Les Sétifiens, qui jouent gros ce week-end à Tunis face à l’Espérance, n’ont plus droit à l’erreur s’ils veulent préserver leurs chances de rester en vie et de rejoindre la JSK pour une première historique pour l’Algérie : deux clubs dans le dernier carré de la Ligue des Champions. Pourquoi pas ? Il faut toujours rêver.

M. M.

Classement non exhaustif des vainqueurs de la Ligue des Champions par pays

 

Class.

Pays

Nombre

Clubs vainqueurs

1

Egypte

12

Al Ahly (6), Zamalek (5) et Ismaïli (1)

2

Maroc

5

Raja (3), Wydad (1) et FAR Rabat (1)

3

Cameroun

5

Canon Yaoundé (3), Union Douala (1) et Oryx (1)

4

Congo-Kinshasa

4

TP Mazembe (3) et AS Vita Club (1)

-

Algérie

4

JS Kabylie (2), MC Alger (1) et ES Sétif (1)

 

Classement non exhaustif des vainqueurs de la Ligue des Champions par club

 

Class.

Clubs

Pays

Nombre

Années

1

Al Ahly

Egypte

6

1982, 1987, 2001, 2005, 2006 et 2008

2

Zamalek

Egypte

5

1984, 1986, 1993, 1996 et 2002

3

TP Mazembe

Congo-Kinshasa

3

1967, 1968 et 2009

-

Raja Casablanca

Maroc

3

1989, 1997 et 1999

-

Canon Yaoundé

Cameroun

3

1971, 1978 et 1980

-

Hafia Conakry

Guinée

3

1972, 1975 et 1977

7

Enyimba FC

Nigeria

2

2003 et 2004

-

Asante Kotoko

Ghana

2

1970 et 1983

-

JS Kabylie

Algérie

2

1981 et 1990


Première à participer à la nouvelle formule

L’USM Alger était passée juste à côté

S’il y a vraiment un club qui peut nourrir de sérieux regrets pour n’avoir pas accroché une étoile à son maillot synonyme d’une Ligue des Champions africaine, c’est bien l’USM Alger. Demandez-le au président Saïd Allik, il vous dira que c’est le sacre qui lui restera longtemps au travers de la gorge car, non seulement son équipe y était passée juste à côté à deux reprises (1997 et 2003), mais il lui aurait donné du galon au même titre que la JSK, le MCA et l’ESS. En effet, deux ans après leur remontée en nationale Une et un retour en force concrétisé par un titre de champion d’Algérie, les Rouge et Noir avaient pris part à la Ligue des Champions dans laquelle ils avaient fait sensation. Malheureusement pour eux, en 1997, seul le premier de chaque poule se qualifiait directement en finale, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où les deux premiers se retrouvent dans le dernier carré. Pis encore, les Usmistes ont laissé filer une place en finale à cause d’une petite différence de buts en faveur des Marocains du Raja Casablanca (+4 contre +3, alors que les deux équipes avaient terminé avec le même capital de 11 points chacune). Le second échec des gars de Soustara interviendra en 2003, après un passage sans encombre au premier tour et une seconde place lors de la phase des poules, juste derrière l’Espérance de Tunis et devant les Camerounais du Canon Yaoundé et les Angolais d’Aciaçao. L’USMA retrouve en demi-finale les Nigérians d’Enyimba, futurs vainqueur de l’épreuve, devant lesquels elle chute dans le temps additionnel au match retour (1 à 1 à l’aller et 1 à 2 au retour), faisant vivre une grande illusion à ses supporters, qui croyaient dur comme fer au sacre de leur formation qui, non seulement dominait outrageusement le football algérien à l’époque, mais possédait aussi l’une des plus belles équipes que le club ait connues. D’ailleurs, depuis, l’USMA n’est jamais revenue à son meilleur niveau et rêve toujours d’une consécration continentale qui, aujourd’hui, est inscrite dans les objectifs de la nouvelle équipe dirigeante et de son magnat Ali Haddad, qui n’a pas caché ses ambitions de faire des Rouge et Noir un grand club d’Afrique.

 

En treize ans de Ligue des Champions

Trop d’absences et moins de poids

Excepté l’USM Alger, à deux reprises (voir encadré), les formations algériennes ont traversé les treize ans de la plus prestigieuse des compétitions africaines des clubs sous son nouvel habillage de Ligue des Champions sans grands succès. Pis encore, nos représentants n’ont même pas réussi à se qualifier à la phase des poules à six reprises (1998, 1999, 2002, 2005, 2008 et 2009). Et même lorsqu’ils se retrouvaient dans le gotha du foot africain, ils ne faisaient pas le poids. A l’image du CR Belouizdad, pourtant au summum de son art en 2000, mais qui a terminé bon dernier de sa poule sans la moindre victoire, avec un petit point glané et une casserole (0 à 7 face à l’ASEC Mimosas) dans un groupe dominé par les Angolais du Petro Atlético et les Egyptiens du Ahly. L’année 2003 a été la meilleure pour notre pays avec la qualification de l’USMA en demi-finale, performance que le club algérois n’a pu rééditer l’édition suivante (2004) en terminant troisième de sa poule (avec 7 points) derrière l’Espérance de Tunis (12 points) et Jeanne d’Arc du Sénégal (11). La JS Kabylie, championne d’Algérie en 2005, ne fera pas mieux puisqu’elle a fermé la marche de son groupe avec seulement quatre points, devancée ainsi par le CS Sfax (12 points), Al Ahly, futur vainqueur (11 points) et l’Asante Kotoko (7 points). L’année d’après, soit en 2007, et dans un groupe 100% maghrébin, les Kabyles, toujours fébriles, vont encore rater la marche en terminant troisièmes (avec 7 points) devant les FAR de Rabat, mais derrière l’Etoile du Sahel (11 points) et Al Ittihad de LibYe (10 points).  Ensuite, ce sera la galère puisque ni l’Entente de Sétif (championne d’Algérie en 2007) ni la JS Kabylie (championne en 2008) ne se hisseront à la phase des poules lors des éditions 2008 et 2009, avant de rebondir cette année puisque ces deux clubs sont parvenus à passer l’écueil du premier tour et animent chacun son groupe respectif, avec déjà une qualification des Canaris aux demi-finales.

M. M.

20 ans après son dernier sacre

La JSK dans la peau d’un nouveau champion

La JS Kabylie a fait mieux que l’Equipe Nationale en allant imposer sa loi au Cairo Stadium face au Ahly du Caire, sextuple vainqueur de la Coupe des champions africaine, sérieux candidat au sacre final et constellé de pas moins de neuf internationaux. Il fallait le faire dans le chaudron du Caire où beaucoup d’équipes se cassent souvent les dents. Mais les Canaris, bien que réduits à dix durant une bonne partie de la rencontre, ont fait mieux que résister, faisant preuve d’une grande solidité dans le jeu et surtout dans la tête. C’est d’ailleurs cette détermination, cette grinta, cet état d’esprit des Kabyles qui, ajoutés à une discipline tactique et à des individualités de qualité, font de la JSK un sérieux prétendant au sacre et la mettent dans la peau d’un véritable champion. Déjà assurés d’une place en demi-finale, les hommes du tandem Geiger – Bouhellal visent à consolider leur fauteuil de leader après un parcours exceptionnel (trois victoires et un match nul), pour s’assurer de disputer la demi-finale retour à domicile. Pour cela, il leur reste deux matchs aussi difficiles l’un que l’autre : le premier à Tizi-Ouzou contre l’autre représentant égyptien d’Al Ismaïly (le 10 de ce mois) et le second au Nigeria face au finaliste de la précédente édition, le Heartland FC. Et en faisant douter les Ahlaouis sur leur terrain et devant leur public, en préservant la tête froide face à un arbitrage pas souvent commode et en faisant preuve de solidarité et de maturité en évitant de répondre à la provocation, les Kabyles ont prouvé que le football algérien avait de la ressource et surtout un immense potentiel pour revenir au plus haut niveau et dominer de nouveau le continent. De plus, avec l’avènement du professionnalisme, le football algérien a l’opportunité pour faire le saut qualitatif tant souhaité et en tirer les dividendes nécessaires pour reconquérir l’Afrique.

M. M.