JSK : Chronique d’un voyage au pays des Pharaons (1re partie)

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A la recherche des origines de la crise algéro-égyptienne

En ce jour de jeudi 26 août, la température au Caire est de 35°. Il est environ 10h. Nous sommes à l’hôtel Le Meridien où la délégation de la JSK et celle des journalistes algériens avaient installé leurs quartiers généraux. A la réception, des dizaines de policiers en civil et en tenue, veillent sur les invités d’Al Ahly. Nous ayant reconnus, un officier supérieur de la police égyptienne s’approcha de nous. Après nous avoir salué, il nous a demandé  si nous avions l’intention de sortir. Nous lui avons répondu par l’affirmative, sans lui révéler l’objet de notre balade dans les rues du centre-ville d’Al Qahira (Le Caire). Il nous a alors conseillé de ne pas trop nous afficher, pour notre sécurité. A notre sortie du Meridien, nous prîmes un taxi (noir et blanc). Nous reconnaissant, le chauffeur nous souhaita la bienvenue. C’est à ce moment que nous commençames notre reportage sur cette crise qui secoue l’Algérie et l’Egypte au lendemain de la qualification de l’EN au Mondial sud-africain. Nous voulions parler avec des égyptiens dans leur fief et savoir réellement s’ils éprouvent encore cette haine inouïe envers les Algériens. Planète Sport, étant un journal crédible, nous voulions rapporter fidèlement ce que pensent, ne serait-ce qu’un échantillon, les Egyptiens de l’Algérie en tant que peuple et institutions. Détail important. Nous étions les seuls parmi les dix journalistes de différents organes, à sortir de l’hôtel sans autorisation et sans respecter le programme : entraînement, hôtel et vice-versa, match, hôtel et vice-versa. A notre tour nous saluâmes notre interlocuteur (le chauffeur de taxi).

 

Les seuls à sortir en ville

Nous lui demandâmes de nous emmener dans un quartier populaire de la banlieue du Caire. Il nous déposa à la ville de Nasr, distante de 5 km environ de l’hôtel Le Méridien. Il nous souhaita bon séjour dans son pays. Dans les rues et les boulevards de Nasr, rien ne signalait qu’un grand événement allait se produire dans trois jours, à savoir le match Al Ahly – JSK. Les Cairotes vaquaient, en effet, à leurs occupations. Même s’ils sont férus de football, les Egyptiens, en ce mois de ramadan, pensaient plus à la manière de s’en sortir avec cette flambée des prix de première nécessité. Nous le saurons bien après en discutant avec un citoyen du pays de Naguib Mahfoud. Il est 13h30 et il fait chaud. Nous décidâmes de nous rendre dans un centre commercial bandé de monde. C’était le moment propice pour entamer notre travail. Cherchant un cybercafé, nous sollicitâmes l’aide d’un passager. Ce jeune homme (20 ans environ) travaille dans un coffee-shop dudit centre commercial. Il nous souhaita la bienvenue en Egypte lorsque nous lui déclinâmes notre nationalité. Il nous invita à le suivre dans son lieu de travail. C’est qu’il doit assurer la relève à 14 heures pour le service du soir. Arrivant au coffee-shop ouvert malgré le ramadan il nous invita à prendre quelque chose. Nous lui dîmes que nous faisions le carême. «Vous savez, ici en Egypte il n’y a pas que les musulmans, il y a dix millions de chrétiens et nous vivons avec eux en toute harmonie». Deux serveurs se joignent à nous.

 

Les Egyptiens n’ont pas oublié Omdourman

Retour évidemment sur le fameux match Algérie-Egypte à Khartoum. Même s’ils étaient corrects dans leur discussion, nous avions senti que les Egyptiens n’ont toujours pas avalé la pilule. L’un d’eux qui se trouve être un fervent supporter du Ahly dira que l’Algérie a gagné à Khartoum grâce aux couteaux et aux haches. Nous lui répondîmes en lui faisant savoir que l’EN a été agressée au Caire. Je lui ai rappelé le caillassage du bus à sa sortie du parking de l’aéroport international du Caire. Son collègue, plus modéré, nous a juré par tous les saints que la plupart des Egyptiens ont supporté l’Algérie au Mondial. «Vous êtes journaliste. SVP, portez ce message réel des Egyptiens. C’est vrai que nous étions déçus de notre élimination et de «l’accueil» que nous avaient réservé vos compatriotes mais, croyez-moi, nous avions supporté votre Equipe nationale au Mondial, parce qu’elle représentait tous les Arabes. C’était un devoir pour nous. Nous étions très contents du nul face à l’Angleterre». L’extrémiste reprendra la parole en me posant cette question : «Ne pensez-vous pas que si l’Egypte avait participé au Mondial, elle aurait fait un meilleur parcours ?». Nous lui répondîmes : «Vous ne pouvez être sûr de rien en football. Nous vous rappelons que l’Egypte était favorite du groupe durant les éliminatoires pour la Coupe du monde. Aucun Algérien n’avait cru au miracle au début. N’étiez-vous pas sûr de vous qualifier au Mondial ? Eh bien, l’Algérie a déjoué les pronostics. Peut-être que l’Egypte aurait fait mieux, mais elle n’aurait pas pu gagner la Coupe du monde quand même (rires)».

 

Un bon accueil nous a été réservé

Nous quittons ce trio travaillant dans le coffee-shop du centre commercial de la ville de Nasr et direction le cybercafé que nous a montré notre guide. Il est situé à Sainte-Fatima, une agglomération peuplée par les chrétiens d’Egypte. Nous sommes dans un immeuble. Nous entrons au cyber, un jeune homme est en train de faire des copies. Nous le saluons. «Salem ouarahmatoulah, ahla oua sahla), nous dira-t-il. Nous lui demandâmes de nous télécharger des photos. En les voyant, il ne se gêna pas de satisfaire sa curiosité.  Vous êtes avec l’équipe de la JSK ? «Oui» «Bienvenue à vous en Egypte. Vous êtes nos frères». Nous entamâmes la discussion avec M’hamed (c’est son prénom). «Vous êtes ahlaoui ? (c’est l’appellation du supporter du Ahly) ou «Zamalkaoui» (supporters du Zamalek, l’équipe rivale du Ahly)», demandâmes-nous à M’hamed. Il nous dit qu’il était un fervent supporter d’Al Ahly et poursuivit : «Vous savez, 90 % de la population ici au Caire est ahlaouie. C’est un club très populaire, vous serez au stade, vous ? «Oui, nous y serons pour couvrir le match JSK – Al Ahly». « Vous n’êtes pas des joueurs, alors ?» «Nous sommes journalistes», précisâmes-nous. «En tout cas, moi j’y serais, je ne rate jamais les matches d’Al Ahly». Nous demandâmes à M’hamed sur son pronostic : « Ce sera un match difficile. L’arbitre nous a refusé un but tout fait à Tizi-Ouzou (il le prononce très mal), mais au Cairo Stadium «Echabiba» n’aura aucune chance». Nous quittâmes le cyber de M’hamed pour rentrer à l’hôtel Le Meridien. Il était 16h30, il restait deux heures avant l’adhan annonçant la rupture du jeûne. Nous prîmes un taxi.

 

 

Ils sont unanimes : c’est un incident regrettable

En cours de route, le chauffeur, un quinquagénaire, nous reconnut. «Vous êtes algériens ?» «Oui.» «Soyez les bienvenus dans votre deuxième pays. Il est regrettable que deux pays frères se disputent pour un match de football. Les Algériens et les Egyptiens sont des frères. Il faut que cela cesse. Je vous le dis sincèrement, c’est la presse des deux pays qui a allumé le feu de la fitna.» Au bout de dix minutes nous arrivâmes au Meridien. Nous payâmes le chauffeur de taxi (10 djenih, l’équivalent de 1,5 euro). Ce dernier nous souhaita bonne chance à l’occasion du match que devait jouer la JSK face au Ahly. Nous le remerciâmes. Retour à l’hôtel. A la réception, les policiers nous accostèrent. «Ça a été votre balade ? Où étiez-vous partis, vous a-t-on importunés ?» Nos confrères se sont inquiétés. Ils sont venus avoir de nos nouvelles. Nous les avions rassurés. Après nous être reposés, nous nous préparâmes pour partir au siège du Ahly pour répondre à son invitation.

Au siège du Nadi Al Ahly à Al Jazira, la 6e dimension

Il est 17h50, un minibus est venu à l’hôtel pour récupérer les journalistes. Nous sommes six à répondre positivement à l’invitation d’Al Ahly. Escortés par des voitures de police et d’une garde rapprochée, nous quittâmes Misr Al Jadida, pour la ville du 6 octobre. Un accueil royal nous attendait au Nadi (l’appellation des complexes), le responsable de la commination d’Al Ahly nous souhaita la bienvenue. Les vues sur la baie sont féeriques, nos autres confrères sont même ébahis. Nous sommes à l’intérieur de ce complexe, c’est une cité olympique : cafétéria, piscine, salle de sports, salle de gymnastique, terrain de Tennis, terrain de football, piste d’athlétisme, un centre commercial, un grand restaurant. Ramzi, un chargé de mission de la chaîne de télévision Al Ahly, nous servit de guide. Devant le restaurant où nous nous apprêtâmes à entrer pour rompre le jeûne, le président d’Al Ahly nous accueillit. Il s’est dit très heureux de nous inviter à prendre le f’tour au Nadhi Al Ahly. Il nous souhaita la bienvenue en Egypte. Alors que nous étions en train de manger, la star nationale du football égyptien, Mohamed Al Khatib, nous salua un par un. C’est un vrai gentleman.

 

«Echay al misry» au menu

Sortis du restaurant où un menu varié nous a été servi (spécialités égyptiennes), les dirigeants d’Al Ahly nous invitèrent à prendre un thé à la terrasse d’une des innombrables cafétérias que compte le complexe. Une prise de parole a été organisée. Le responsable de la revue Al Ahly qui fête à cette occasion le 36e anniversaire de la création du bimensuel du club, le président d’Al Ahly Hamdi et Mohamed Al Khatis, souhaitèrent tous la bienvenue à la JSK et aux journalistes, usant du même discours. Ils n’omirent pas d’espérer que les relations entre les deux pays «frères» redeviennent comme avant. A notre tour nous fûmes invités à prendre la parole. Nous avons désigné Fateh du journal Echibek pour prononcer quelques phrases. Notre confrère abonda dans le même sens que les dirigeants d’Al Ahly. A la fin de la cérémonie, le président du club le plus populaire d’Egypte, Hamdi, remit à Fateh un cadeau. Une fois la cérémonie terminée, les chaînes de télévisions et de radios ainsi que les journaux égyptiens se ruèrent sur les journalistes algériens pour leur arracher des déclarations. Nous répondîmes favorablement à leurs sollicitations. Le chargé de la communication nous emmena à son bureau. Nous sommes passés par un grand salon où deux grandes vitrines sont installées.

 

Les Ahlaouis ont exhibé fièrement les trophées du club

Elles sont pleines à craquer de trophées et d’autres distinctions du Ahly. Le chargé de la communication nous offrit des sachets contenant de petits souvenirs du Ahly. Avant de quitter le complexe du club cairote, nous demandâmes à Ramzi (le chargé de mission de la chaîne Al Ahly) le nombre d’adhérents du Ahly. Cent-cinquante mille, nous révéla-t-il. Il nous fera savoir que 50 000 parmi eux sont abonnées à tous les services qu’offre le club : billets de stade, abonnement au Nadhi (utilisation des infrastructures consommation et diverses prestations de service). Ils payent 45 000 Djenih (l’équivalent de 25 000 €) l’année. C’est astronomique comme recette, dirions-nous. En plus, Al Ahly, toujours selon Ramzi, possède sa propre banque, sa propre chaîne de télévision, son propre stade, ses propres Nadis (5 complexes), excusez du peu. Nous repartîmes en direction de l’hôtel. Entre confrères, nous échangeâmes les avis concernant les gros moyens dont dispose ce géant d’Afrique. A l’unanimité, ces journalistes pensent qu’à voir comment est géré Al Ahly, nous sommes loin, très loin du professionnalisme. Il faut être sincère, les Egyptiens, du moins Al Ahly, Zamalek, Al Ismaïly, sont bien structurés, ils dépassent de loin nos pauvres clubs. Arrivés à l’hôtel, nous n’aurons même pas le temps de nous reposer. Une mission nous attend, la couverture de la 2e séance d’entraînements de la JSK au stade de l’académie militaire.

M. Maz

A suivre