Après le mitraillage du bus de l’équipe togolaise

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Fallait-il jouer en Angola ?

 

Si, pour l'instant, ni la CAF ni la FIFA n'ont pris position, il est légitime de se demander s'il est possible d'évoluer dans un tel contexte. Si le bus du Togo a été mitraillé, qui dit qu'une autre équipe ne risque pas d'être touchée à son tour ? Comment être sûr que la sécurité sera véritablement assurée tout au long de la compétition ? Il est surtout une autre question qui se pose. Pourquoi a-t-on pris le risque de faire disputer la CAN dans une région connue pour son instabilité et son danger ? S'il s'agit de permettre à certains pays de profiter de la grande fête du football, pourquoi ne pas agir en conséquence et ne pas renforcer un peu plus toutes les mesures de sécurité autour des équipes engagées ? La FIFA n'avait pas su réagir après le caillassage du bus de l'Algérie en Egypte, espérons que la CAF saura mettre la sécurité des joueurs et des équipes au-dessus tout et ne fera pas disputer cette CAN qui, quoiqu'il arrive, n'aura de toute façon plus aucune saveur sportive...

 

 

Blatter veut un rapport de la CAF

Le président de la FIFA a indiqué attendre «un rapport complet» de la Confédération africaine de football (CAF) après le mitraillage du bus du Togo se rendant à la CAN 2010, selon un communiqué de l'instance internationale. Le dirigeant s'est dit «profondément touché par les incidents» et a exprimé sa solidarité avec l'équipe nationale togolaise. Neuf membres de la délégation du Togo ont été blessés et un chauffeur tué lors du mitraillage de leur bus qui franchissait la frontière entre le Congo-Brazzaville et l'Angola, où débute dans deux jours la Coupe d'Afrique. La CAF a assuré que la CAN aurait lieu.

 

 

Adebayor : «Tout le monde pensait que nous allions mourir»

Après l'attaque du bus togolais vendredi, mitraillé durant une vingtaine de minutes par des rebelles armés, qui a fait un mort et neuf blessés, le capitaine de l'équipe Emmanuel Adebayor évoque le retrait de sa sélection. «En tant que capitaine de l'équipe, je peux dire que si la sécurité n'est pas assurée, nous partirons peut-être demain (samedi), a confié l'attaquant de Manchester City à la BBC. C'est du football et l'une des plus grandes compétitions en Afrique mais je ne pense pas que les gens soient prêts à donner leur vie. Je vais parler avec mon équipe et nous prendrons la meilleure décision pour nos carrières, nos vies et nos familles. Beaucoup de joueurs veulent partir. Ils ont vu la mort et veulent retrouver leurs familles.»

Adebayor fait un récit effroyable de l'attaque du bus qui a duré 30 minutes selon lui. «Ils ont tué notre chauffeur, il n'y avait personne pour conduire le bus. C'est comme si nous étions en train de rêver. Je suis choqué. Je suis l'un de ceux qui ont porté les blessés jusqu'à l'hôpital, c'est là que j'ai vraiment réalisé ce qui se passait. Tout le monde criait, appelait sa mère, pleurait au téléphone, prononçait ses derniers mots en pensant que nous allions mourir.»

Le capitaine togolais est vraiment «dégoûté» pour le continent africain après ces tristes événements. L'Angola se faisait une fête d'accueillir la compétition qui va néanmoins se dérouler mais le climat risque d'être particulièrement pesant. L'image de l'Afrique, qui accueillera pour la première fois la Coupe du monde en juin prochain, en prend un sacré coup. «On répète qu'en Afrique, nous devons changer notre image, que nous voulons être respectés mais, malheureusement, cela ne se produit pas, regrette Adebayor. Nous avons la chance d'organiser l'un des plus grands tournois au monde, la Coupe du monde, et pouvez-vous imaginer ce qui va se passer maintenant ? J'ai honte, et pour moi... c'est injuste.»

 

Velud : «L'armée nous a sauvés»

Encore sous le choc du mitraillage du bus togolais, le sélectionneur national Hubert Velud a confié avoir été touché au bras. «Mais ce n'est rien comparé à ce qu'a subi l'entraîneur adjoint, qui a pris une balle dans le ventre, comme l'attaché de presse, a ajouté le sélectionneur du Togo, interrogé par RMC. Le gardien Kodjovi Obilalé en a pris une dans les reins. Mon cas est minime par rapport à eux. Mais on est quand même sous le choc parce que c'est un acte de guerre. Il y a eu beaucoup de sang et de peur dans le car. Je pense aux gens que je connais mais j'ai aussi une grosse pensée pour le chauffeur, qui est décédé.»

 

Les autorités voulaient-elles étouffer l'affaire ?

 

Mitraillé par des rebelles armés durant une vingtaine de minutes, Velud explique que l'armée angolaise a sauvé le reste de la délégation en répliquant. «Ils (les rebelles) étaient armés jusqu'aux dents, ce qui nous a un peu surpris. Ont-ils eu vent de quelque chose ? On ne sait pas. Mais ce qui est sûr, c'est qu'ils nous ont sauvés la vie. Sans eux, les rebelles nous auraient achevés puisqu'on aurait été sans défense. Et je n’aurais pas été là pour vous en parler.» La CAF a reproché au Togo d'avoir voyagé en bus alors qu'elle préconisait l'avion. Mais pour Velud, «c'est un problème» qui le «dépasse». «Malheureusement, on risque de se renvoyer la balle au niveau politique et de ne pas prendre ses responsabilités. Mais il faudra bien tout identifier.» Le Togo va-t-il finalement se retirer de la CAN ? «On est restés longtemps à l'hôpital pour être très groupés, a répondu le sélectionneur des Eperviers. Dans ces situations, on devient un peu parano, on se méfie de tout. On n'a pas non plus senti que les autorités prenaient cet événement de façon très sérieuse. Je ne dis pas qu'ils veulent étouffer l'affaire, mais presque. La suite, je ne la connais pas. On va se réunir avec les joueurs et le staff technique pour prendre une décision».

 

Giresse : «Pour le moment, c'est la stupeur»

Alain Giresse, le sélectionneur du Gabon, a évoqué l'attentat dont le bus de l'équipe du Togo a été victime lors de son entrée sur le territoire de l'Angola. «Ça interpelle. Nous ne pouvons pas rester indifférents. Pour le moment, c'est la stupeur. Je me mets à la place des Togolais face à une telle situation. J'espère que cela reste un cas isolé. Je ne peux qu'être dans l'expectative pour le moment.»

 

 


Halilhodzic choqué

Le sélectionneur de la Côte d’Ivoire a déclaré que «l'attaque sur le bus togolais l’a profondément choqué». «Nous sommes arrivés il y a seulement dix minutes à l’aéroport. Cette nouvelle m’a profondément choqué. C’est triste que cela se passe comme ça. J’étais déjà sceptique après avoir visité l’Angola il y a un mois. Je voulais visiter le site au niveau duquel nous allions séjourner. J’ai entendu beaucoup de choses à l’époque. J’étais un peu inquiet mais, bon, nous ne pouvons jamais imaginer que des choses comme ça puissent se produire.»

 

Leroy : «Il va falloir prendre une position contre cette folie meurtrière»

«Il faut se poser la question. Le foot, c'est un jeu. C'est gravissime. Cela veut dire que la sécurité n'est pas assurée partout. Ces foyers insurrectionnels peuvent être dangereux. La CAF, c'est sûr, va se réunir pour prendre une décision. On ne peut pas considérer que c'est un fait anodin, sous prétexte que l'on soit sur le sol africain. Il va falloir prendre une position contre cette folie meurtrière.»

 

 

Le Guen : «Je suis inquiet»

«Je suis inquiet, mais nous n'avons que des infos parcellaires pour le moment. Après, nous n'allons pas jouer dans la même zone. Cela s'est passé au nord et nous allons jouer plus au sud. Nous serons loin de la province du Cabinda. Ça ne vaut pas le coup de perdre la vie pour le foot. Si ça se confirme, car nous n'avons que très peu d'informations pour le moment, nous aviserons.»

 

 

L’incroyable réponse du COCAN

 

Pris de court par l’attaque armée du bus de la sélection togolaise ce vendredi à la frontière de l’Angola et du Congo, le Comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des nations a eu cette invraisemblable réponse lorsqu’il a été interrogé par l’AFP sur la situation. Le COCAN a expliqué qu’un pneu du bus avait éclaté, créant un mouvement de panique…